Pourquoi Roswell mérite-t'il de l'attention

par delà le mythe américain et la controverse ?...

par Thibaut CANUTI.

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Pourquoi le cas Roswell mérite-t'il de l’attention,

par delà le mythe américain et la controverse ?...

 

 

Lors de rencontres organisées, ou au cours de simples discussions, il est fréquent que le débat en vienne à Roswell. On me demande alors toujours mon avis et je suis bien en peine de le donner en quelques secondes, car on ne peut être convaincu de l'intérêt de cet événement qu'en prenant connaissance des pièces déterminantes de ce dossier.

J'ai lu comme beaucoup de personnes intéressées par l'ufologie, de nombreux livres sur le sujet et compulsé de nombreuses sources, -quelque théorie qu'ils défendent d'ailleurs- et c'est pourquoi il m'a semblé utile de faire connaitre cette synthèse des faits marquants afin que les personnes désireuses de se faire une opinion - positive ou négative - puissent le faire.

En langue française, il reste bien évidemment indispensable de connaitre les différents livres de Gildas Bourdais[1] qui sont la synthèse la plus aboutie sur Roswell et ses prolongements. On prendra connaissance également pour prolonger ces questions, du livre de Jean-Gabriel Greslé «Extraterrestres, secret d’Etat, l’affaire ROSWELL» et de Richard D. Nolane « Extraterrestres, la vérité sur Roswell ».

Notre analyse emprunte naturellement à tous ces auteurs qui ont sérieusement investigué le sujet et leurs collègues américains qui enquêtent depuis trente ans aujourd'hui. Que ces vrais spécialistes veuillent bien par avance m’excuser les éventuelles approximations ou erreurs de ce texte, qui constitue une réponse, volontairement argumentée à tous ceux qui se posent la question de l’intérêt du cas Roswell, des faits derrière le « mythe » américain.

Puisse ce texte permettre à ceux qui n'ont pas eu l'occasion ou le temps de lire les livres consacrés à ce cas, de prendre connaissance des faits principaux qui donnent à cet événement son caractère emblématique.

 

TC.

 

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(Carte de la région du crash de Roswell.)

 

 

Aucun cas en ufologie n’a eu de postérité aussi profonde que celui survenu en juillet 1947 à Roswell (Nouveau-Mexique). Mais si cet épisode est emblématique, ce n’est pas seulement du fait du caractère sensationnel des événements ou de sa trame mythique, mais parce que ce cas est devenu, pour l’opinion américaine principalement, le symbole du mutisme, voire de la malhonnêteté des autorités sur la question ovni. Ainsi, plus de soixante ans après, l’affaire Roswell continue d’agiter le petit monde de l’ufologie. Des études très serrées ont été menées et ont permis de réunir des témoignages capitaux qui donnent une bonne idée de l’ampleur de l’événement survenu à cette époque. Les différentes versions au fil des années, données par l’armée de l’air américaine n’ont pas convaincu et ne dissipent pas de trop nombreux aspects troublants de cet épisode.

Avant de voir plus avant la validité des différents arguments sur le sujet, nous retracerons le plus solidement possible et d’après les différentes études entreprises, la trame factuelle de ce qui est un des mystères les plus célèbres lié au fait ovni. Bien évidemment, la chronologie des faits qui sera ici proposée n’est qu’une parmi d’autres et le débat fait encore rage à ce sujet. Les faits sont anciens et reposent sur des témoignages qui peuvent se révéler contradictoires sur des points de détails, notamment en terme de datation. Il convient donc de ne considérer cette « reconstitution » factuelle que comme une hypothèse de travail, mettant en scène les différents témoignages relatifs à ce cas emblématique. Le lecteur aura compris que nous ne prétendons pas, en quelques pages, mettre un terme à une controverse qui semble ne pas vouloir s’éteindre. Précisons cependant que la surmédiatisation de cette affaire ne doit pas nous pousser à la rejeter a priori. Le cas Roswell, malgré les incohérences et le questionnement légitime autour de certains témoignages, reste un cas d’ovni bien documenté et qui continue de poser question, quoiqu’il se soit réellement passé dans ces premiers jours du mois de juillet 1947, dans le désert du Nouveau-Mexique.

 

 

 

I. Les signes avant-coureurs.

 

Le site même du crash de Roswell est un plaidoyer pour le sérieux de l’affaire. Dans le contexte tendu des prémisces de la guerre froide, le Nouveau-Mexique était un des Etats les plus déshérités des Etats-Unis, où la densité de population était très faible. Paysage semi-désertique, la région de Roswell était un lieu d’élevage ainsi qu’une région connue des archéologues pour ces nombreux artefacts, (des poteries principalement), des différentes cultures indiennes. Ces caractéristiques en avaient fait un lieu idéal pour les opérations secrètes américaines. Los Alamos avait abrité le Manhattan Project. Trinity Site avait été le lieu du premier essai américain de bombe atomique, comme zone de lancement de générations de fusées V2 et vraisemblablement pour d’autres projets spéciaux.

Ce qu’on appelait le polygone de tirs de White Sands, était un rectangle de 190 kilomètres de longueur pour 45 de large. Au nord, non loin d’Albuquerque, se trouvait la base de Kirtland, siège du Special Weapon Command, le centre de recherche de Sandia où se déroulaient les expérimentations du Armed Services Special Weapons Project et Los Alamos, qui demeurait un lieu d’expérimentation d’armement nucléaire.

A l’est, à Alamogordo, se trouvait la base aérienne secrète de Holloman. A l’ouest, près de la frontière du Texas, les terrains militaires de Roswell abritaient la base aérienne du 509e Bomb group, l’unique escadre américaine de bombardement nucléaire opérationnelle à l’époque.

 

Selon Franck Kaufman, témoin clé de l’enquête de Randle et Schmitt, la première alerte qui allait préfigurer les événements de Roswell, fut prétendument donnée le mardi 1er juillet 1947 par la base aérienne de Holloman qui détecta un écho radar non-identifié. Cette zone qui avait vu les premiers essais nucléaires, était naturellement interdite pour tout avion non autorisé et il semble que les opérateurs radars se soient d’abord assurés auprès d’autres installations militaires de la réalité du phénomène. Le lendemain, l’écho était de nouveau perçu.

Il est alors établi qu’il ne s’agit pas d’un engin conventionnel, du fait de ses caractéristiques de vol. Un opérateur bénéficiant de la confiance de ses supérieurs, (puisqu’il participera prétendument aux opérations de récupération de l’épave), est délégué de Roswell par le général Martin Scanlon. On ne connaît de ce personnage, dont la fonction semble être de résoudre les problèmes graves de sécurité sur les sites militaires sensibles, que son pseudonyme, le major Robert Thomas. Il restera en alerte 24 heures durant aux cotés des officiers de la base de Holloman et de Franck Kaufman, membre du même service que Thomas mais attaché permanent à l’état-major de la 509e escadre de bombardement, qui sera une des sources principales de renseignement sur l’ensemble de ces événements[2]. La question de la crédibilité du témoignage de ce dernier est donc à poser.

En effet, on lui doit l’hypothèse selon laquelle l’armée aurait suivi quelques jours avant le crash l’écho radar de l’ovni, celle situant le lieu du crash près de Roswell et non dans les plaines de San Augustin et enfin la date même du 4 juillet. Selon Randle et Schmitt, ce témoignage de Kaufman se trouve corroboré par les déclarations du caporal E.L. Pyles affecté à Roswell, du fermier William Moody, de Ragsdale et son amie et enfin d’une note retrouvée dans l’agenda de l’hopital Ste Mary de Roswell et rédigée par la mère supérieure de l’établissement, Sœur Bernadette ainsi que Sœur Capistrano. Cette note manuscrite faisait référence à un corps lumineux qui traversa à très grande vitesse le ciel de Roswell entre 23h. et 23h30. Si cette dernière note peut renvoyer à la chute d’une météorite et que le témoignage de Ragsdale, que nous verrons plus avant, fut remis en cause après que dans son article « Roswell revisited », S. Friedman ait évoqué la tentative de Ragsdale de monnayer ses interventions auprès d’un journal, il n’en reste pas moins que ces différents témoignages se devaient d’être cités. Le témoignage du lieutenant Robert Shirkey confirme l’appartenance de Kaufman à ce corps d’élite composé d’une centaine d’hommes et mis sur pied dès 1941, pour assurer la sécurité militaire sur les principales bases militaires du pays.

Cependant, un article du CUFOS de 2002 vint jeter une ombre sur les dires de Kaufman[3]. Une longue enquête permit d’établir que Kaufman avait falsifié certains documents, relatifs notamment à sa carrière militaire. Quoiqu’ayant établi qu’il se trouvait bien affecté à un poste civil à la base de Roswell en juillet 1947, les enquêteurs du CUFOS concluaient que son témoignage devait être désormais écarté.

 

L’écho radar continue alors d’apparaître de manière discontinue à des points différents, sans qu’aucun incident ne soit signalé. A Washington, une équipe de spécialistes s’est composée sous la responsabilité du Warrant officer Robert Thomas, lequel après avoir été en contact permanent avec Kaufman se rend à White Sands avec son équipe et du matériel dans la nuit du 4 juillet, rejoignant la base de Roswell ce même jour, en début d’après-midi. Selon l’hypothèse « révisionniste » de Randle et Schmitt, Thomas est dépêché le 8 juillet, date de la découverte du site de l’épave après reconnaissance aérienne à partir du ranch Brazel, pour photographier les lieux.  Notons que l’officier Thomas, uniquement mentionné par Kaufman ne fut jamais retrouvé par les diverse enquêtes sur l’affaire.

Les trois bases militaires de la région, Holloman, Kirtland et Roswell, sont alors en alerte et suivent les évolutions de l’ovni, malgré les contingences géographiques qui ne permettent pas un suivi radar continu. Vers 23h20, l’écho semble comme éclater. Ainsi que le Commandant Greslé, ufologue averti et éminent pilote ayant une solide expérience militaire, ne manque pas de le noter, cette manifestation radar était « parfaitement inhabituelle ».

« Avant qu’un avion ne s’écrase au sol, sa trace disparaît des écrans quand il passe en dessous de l’horizon du radar. C’est tout. Les variations observées impliquent, sur la fréquence de détection, une émission parasite qui aurait renforcé les ondes réfléchies par la cellule de l’engin, comme le ferait un transpondeur moderne. Toutefois, ce dispositif n’était pas encore inventé en 1947. La première fois que je l’ai utilisé, en école de pilotage, c’était en avril 1953, au cours de manœuvres avec l’armée auxquelles participaient nos T-33. Un très petit nombre de nos avions était équipé de cet appareil d’identification. L’IFF, (Identification Friend or Foe, permettant la reconnaissance d’un avion ami par renforcement de son image radar), comme il s’appelait alors, était tellement secret que nous devions impérativement le détruire en vol, dans le cas d’une éjection ou d’un atterrissage forcé, au dessus du territoire des Etats-Unis ! [4]».

Dans le cas d’un crash, ce dysfonctionnement trouve son explication mais il s’agissait peut-être pour les forces en œuvre derrière cette manifestation, de mettre les militaires sur la piste. Immédiatement, la base de Roswell se prépare à l’éventuelle récupération de l’épave d’un engin inconnu

 

 

II. Le témoignage de Ragsdale .

 

Dans cette même nuit du 4 juillet, deux témoins, James Ragsdale et Trudy Truelove, dont le premier seulement signera un affidavit[5] retraçant cette observation, vont se trouver près des lieux du crash. Voyageant à bord d’une Jeep 4X4, les deux témoins décident de camper à la belle étoile, à une soixantaine de kilomètres seulement de Roswell. Alors qu’un vent violent soufflait et que des averses intermittentes s’étaient déclarées en même temps que l’orage, ils aperçurent un corps extrêmement lumineux les survoler à basse altitude avant de s’écraser à un kilomètre au sud-est de leur position. Intrigués et pensant qu’il s’agissait peut-être là d’un avion civil, Ragsdale et son amie décident de se rendre compte par eux-mêmes et s’y rendent en voiture. Certains témoignages d’une équipe d’archéologues se trouvant au même moment non loin des lieux et rapportant la même vision d’un objet intensément lumineux traversant le ciel, ont été recueillis par Kevin Randle[6].

Le terrain se révélant difficilement praticable de nuit et ne percevant aucun appel au secours, les deux témoins choisissent de poursuivre leurs investigations le lendemain près du site du crash, dont ils ne distinguent alors que peu de choses, un objet informe enfoncé dans un talus de terre et des morceaux de ferraille épars aux alentours. Au matin, ils distinguent un large objet étrange en forme de fuselage, très plat et dépourvu d’ailes, sérieusement endommagé sur son flanc gauche. L’arrière de l’engin, soulevé en l’air, évoquait une aile de chauve-souris. L’ensemble était allongé et ne suggérait que fort peu la soucoupe volante traditionnelle.

La violence de l’impact semblait avoir projeté les corps des occupants de l’engin au dehors. L’un d’entre eux était assis et semblait aussi inanimé que ses compagnons. Malgré l’étrangeté de leur observation, les témoins prirent ces corps pour ceux de nains mais ils n’eurent pas le temps d’approfondir leurs investigations. En effet, tandis qu’ils ramassaient des débris de l’appareil, ils virent approcher un convoi militaire et préférèrent disparaître furtivement et se débarrasser des débris.

Voici le texte intégral de l’affidavit de James Ragsdale :

« Une nuit de juillet 1947, je soussigné James Ragsdale me trouvais en compagnie d’une femme dans une zone située approximativement à quarante miles au nord-ouest de Roswell, Nouveau-Mexique, pendant un très fort orage avec de nombreux éclairs. Moi et ma compagne avons observé un flash intense et ce qui nous est apparu comme une source lumineuse brillante se dirigeant vers le sud-est. Plus tard, au lever du jour, en conduisant dans cette direction, moi et ma compagne sommes arrivés devant un ravin, près d’une falaise, qui était couverte des débris d’une épave inhabituelle : il y avait là les restes d’un aéronef endommagé et un certain nombre d’êtres de petite taille en dehors du véhicule. Tandis que nous observions la scène, moi et ma compagne avons vu arriver un convoi militaire qui a pris possession de la zone. Suite à l’arrivée du convoi, nous nous sommes rapidement éloignés de l’endroit.

Je jure par la présente que le rapport fait ci-dessus est précis et véridique et représente au mieux ce que je sais et ce dont je me souviens ».

On peut cependant émettre des doutes sur ce témoignage célèbre lié à l’affaire Roswell. Leur récit sera cependant remis en question. En effet, Dans un rapport publié en 1994 par Karl Pflock pour le compte du FUFOR[7] - l'association fondée par le physicien Bruce Maccabee -, James Radgsdale affirma qu'il se trouvait sur les lieux en 1947 dans le cadre de la construction d'un pipeline. Or, les travaux de ce pipeline ne furent pas entrepris avant les années cinquante. Il revint sur sa déposition, affirmant qu'il avait travaillé sur un autre pipeline situé à quelque 110 km au nord de Roswell. Ce revirement est à l’origine des très sérieuses réserves qui pèsent aujourd’hui sur ce témoignage.

 

 

III. La première récupération.

 

Les moyens employés en cas de catastrophe aérienne sont mobilisés pour cette opération. Le convoi, parti de nuit pour être dès l’aube sur les lieux, comprend camions, engins de levage et véhicules médicalisés. Des avions seraient de surcroît parvenus sur les lieux quelques temps après l’arrivée des militaires.

La police militaire, dirigée par le major Easley[8], prévôt de la base sous les ordres du colonel Blanchard,  bouclent la zone, le pied d’une falaise à pic bordant une courbe de l’Arroyo « Cienago del Macho », un petit cours d’eau desséché. Des soldats empêchent l’accès direct au site du crash et sont disposés en cercle, le dos tourné par rapport à l’aéronef, les véhicules présents sont disposés également en cercle autour du site, tandis que les routes sont bloquées avec le concours des forces de police. Selon le témoignage du lieutenant Robert Shirkey, que nous évoquerons plus avant, un site de diversion, en bordure de la nationale 285 est installé, mobilisant un important dispositif de personnel militaire. L’existence de ce site de diversion est confirmé par l’affidavit de William M. Woody[9]. Accompagné de son père, ce dernier observa la traînée lumineuse de la nuit du 4 juillet et ils cherchèrent à déterminer le lieu de l’impact.

« Nous avons traversé Roswell vers le nord par la route nationale 285… A environ trente kilomètres au nord de la ville… nous avons vu au moins un soldat en uniforme, en faction au bord de la route. En continuant, nous avons vu d’autres sentinelles et des véhicules de l’armée. Ils stationnaient aux pistes d’accès des ranchs, aux croisements, etc., partout où il aurait été possible de quitter la route principale pour aller vers l’est ou vers l’ouest, et ils étaient armés, certains avec des fusils et d’autres avec des armes de poing… Nous nous sommes arrêtés à un poste de garde et mon père a demandé à un soldat ce qui se passait. Celui-ci s’est montré très gentil et a dit qu’il avait l’ordre de ne laisser personne quitter la route 285 et s’engager dans la campagne. En continuant vers le nord, nous avons vu que la route 247, qui mène vers l’ouest à Corona, était bloquée  par la troupe…

Je me souviens de mon père disant que l’armée recherchait quelque chose qui avait été suivi pendant sa descente. Il est possible qu’il ait appris cela du soldat avec lequel il avait parlé, mais je n’en suis pas certain ».

 

Les civils, témoins de la scène, parmi lesquels Curry Holden, (qui dirigeait l’équipe d’archéologues, fut directeur de l’institut d’anthropologie de l’université du Texas à Lubbock, et confirma les faits à l’âge de quatre vingt seize ans), furent mis à l’écart, amenés jusqu’à la base de Roswell où ils furent longuement interrogés et lourdement mis en garde.

Pendant que les débris sont soigneusement ramassés au sol, une équipe restreinte de spécialistes (les mêmes qui avaient quitté Washington pour Roswell, parmi lesquels deux sous-officiers qui photographient les moindres détails ; la scène semble avoir été également filmée) et de neuf officiers commencent l’examen de l’épave. Outre Thomas et Easley, se trouvent Howard Fletcher, arrivé de Washington, Adair et Harris de la côte ouest, le Lt-Col. Lovejoy de White Sands, le Col. William Blanchard, Cdt de la base de Roswell, O.W. Henderson alias « Pappy », commandant de bord de l’avion qui transporta les débris et les corps jusqu’à la base aérienne de Wright[10] dans l’Ohio, et dont la veuve Sappho Henderson, témoignera par un affidavit sur cet épisode que son mari lui confiera bien des années plus tard, ainsi que des membres de la police et des pompiers, seuls habilités à contraindre les populations civiles et dont le concours était donc censément indispensable.

 

 

Les protagonistes semblent avoir été tous affectés par ce qu’ils observèrent, Kaufman confessera selon Randle et Schmitt, avoir été particulièrement choqué par la vision de l’humanoïde se tenant assis à l’écart de l’épave.

L’emplacement des débris est relevé à l’aide d’un quadrillage méthodique du sol fait à base de cordes tendues. Des mesures de radiation sont prises et ne révèlent rien d’anormal. L’examen de l’épave commence alors. D’une longueur d’environ dix mètres pour quatre de largeur, le vaisseau suggère une aile delta, en forme de trapèze, marqué par trois lignes sur la longueur de l’appareil.

Cinq cadavres sont découverts, dont un à l’intérieur de l’engin. Les officiers chargés de les manipuler, portent gants et uniformes spéciaux. Les corps sont placés dans des sacs doublés de plomb et chargés dans des ambulances. Le Sgt Melvin Brown est désigné pour accompagner les corps dans l’ambulance avec pour consigne formelle de ne pas ouvrir les sacs.

 

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(Sgt. Melvin Brown)

 

Certains témoins affirment que le cinquième humanoïde fut capturé vivant. Roy Musser, un entrepreneur occupé à repeindre l’arrière de l’hôpital militaire, prétendit avoir vu un petit être marcher par lui même sur la base, entouré de gardes. Dan Dwyer, un des pompiers qui se joignit à l’expédition relata les événements en détail à sa fille Frankie Rowe. Lui aussi fit référence aux sacs contenant des cadavres, ainsi qu’à un unique survivant de la taille d’un enfant de dix ans, chauve et vêtu d’une combinaison moulante. Il semble qu’il s’engouffra dans un véhicule indéterminé pour rejoindre la base.

Le Lieutenant-Gouverneur du Nouveau-Mexique, Joseph Montoya, ayant rang de vice-gouverneur de l’Etat, fut amené depuis la base de Kirtland jusqu’à Roswell et vit les E.B.E. (Entités biologiques extraterrestres, selon la terminologie consacrée) ainsi que certains débris de l’épave. Fortement commotionné par ce qu’il observa, il résida quelques temps chez ses amis, Ruben et Pete Anaya. Ces derniers ainsi que Moses Burola furent témoins du trouble de Montoya qui se confia à ses proches. Ils gardèrent le secret jusqu’à ces dernières années, où ils livrèrent les détails parfaitement concordants de ce qu’ils avaient appris aux enquêteurs.

Kevin Randle s’est efforcé de recueillir les témoignages des membres de la 1395ème compagnie de police militaire affectée à Roswell. Il recueillera ainsi le récit d’un des rares survivants ayant appartenu à ce corps, Leo B. Spear. Quoique ce dernier n’ait pas participé à la récupération, il se souvint des discussions de certains de ses collègues, spéculant sur la nature de la « soucoupe volante » récupérée[11].

 

Si l’on en croit le témoignage de Bill Rickett, officier de contre-espionnage et adjoint du capitaine Sheridan Cavitt, le Dr. Lincoln La Paz, sur lequel nous reviendrons au chapitre des « boules de feu vertes » et du projet « Sign » de 1949, fut dépêché par l’US Air Force pour procéder à une première estimation de la vitesse et de la trajectoire de l’objet deux mois plus tard en septembre 1947.

 

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CIC Master Sergent Lewis « Bill » Rickett .

 

« Le matériel était très solide et très léger. Vous pouviez le plier mais ne pouviez pas le casser. D'après ce que je sais, personne n'a jamais pu se figurer de quoi c'était fait...

C'était le travail de LaPaz que d'essayer de découvrir ce qu'étaient la vitesse et la trajectoire de la chose. LaPaz était un expert mondialement réputé en trajectoire des objets dans le ciel, particulièrement les météores, et on m'a dit de lui donner toute l'aide que je pourrais.

A un certain moment LaPaz a interviewé le fermier [Mac Brazel]. Je me rappelle quelque chose qui a été dit pendant leur conversation au sujet de ce type qui trouvait que certains de ses animaux avaient agi étrangement après que cette chose se soit produite. Le Dr LaPaz a semblé très intéressé par cela.

LaPaz a voulu voler au-dessus du secteur, et ceci a été arrangé. Il a trouvé une autre zone où il a estimé que cette chose avait atterri et avait alors encore décollé. Le sable à cette zone avait été transformé en une substance semblable à du verre. Nous avons rassemblé une boîte pleine d'échantillons de ce matériel. Comme je me le rappelle, il y avait quelques échantillons en métal ici, aussi, de cette même sorte de substance mince et brillante. LaPaz a envoyé cette boîte au loin quelque part pour étude; je ne sais pas ou ne me rappelle pas où, mais je ne l'ai jamais revue. Cet endroit était à quelques miles de l'autre.

LaPaz était très bon pour parler aux gens, particulièrement certains parmi la main-d'oeuvre locale des ranchs qui ne parlaient pas bien l'anglais. LaPaz parlait Espagnol. Je me rappelle qu'il a trouvé un couple de gens qui avaient vu deux - je ne sais pas comment les appeler-  OVNIS, je suppose. Ils avaient vu deux de ces choses voler très lentement à une basse altitude à une certaine date, en soirée, qu'il a déterminé comme antérieure de deux ou trois jours au crash. Ces personnes ont dit quelque chose au sujet des animaux qui avaient été affectés, également...

Avant qu'il soit de nouveau reparti vers Albuquerque, il m'a dit qu'il était certain que cette chose avait eu des ennuis, qu'elle avait atterri pour des réparations, décollé encore, et alors explosé. Il a également estimé qu'il y avait eu certainement plus d'un de ces engins, et que les autres l'avaient recherché. Du moins c'est ce qu'il m'a dit. Il était certain que l'engin avait eu un problème de fonctionnement.

L'explication des forces aériennes selon laquelle il s’agissait d’un ballon était totalement fausse. Ce n'était pas un ballon. Je n'ai jamais su de façon certaine ce qu'était son but, mais il n'était pas à nous. Je me rappelle avoir spéculé avec LaPaz que cela pouvait avoir été une certaine civilisation très supérieure qui nous observerait. LaPaz n'était pas contre l'idée, mais il allait laisser les spéculations hors de son rapport ».

 

 

IV. Le témoignage de Dennis.

 

Le témoignage de Glenn Dennis se devait d’être cité dans le récit de ces événements. Il est cependant à considérer avec une grande prudence. D’abord parce que Dennis lui même affirma n’être pas certain du nom de l’infirmière et des enquêtes ultérieures ne purent jamais trouver la trace d’une infirmière nommée Naomi Selff. Vic Golubic compulsa les archives du Cadet Nurse Corps, l'école où étaient formées toutes les infirmières militaires dans les années 40. Or, aucune Naomi Selff ne figurait sur le registre des étudiantes. Sur les cinq infirmières affectées à la base de Roswell à cette époque, un seul individu semblait correspondre à la description de Dennis, le 1st Lt. Eileen M. Fanton. Elle avait été transférée le 4 septembre 1947 jusqu’à un hopital militaire pour des raisons médicales. Contacté par le chercheur, Dennis prétendit ne plus se souvenir du nom exact de l’infirmière[12]. Résumons cependant ses propos qui peuvent contenir une part de vérité comme certains témoignages semblent le confirmer[13].

 


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Glenn Dennis.

 

 

L’après-midi du 5 juillet, l’employé de permanence à l’entreprise de pompes-funêbres Ballard de Roswell, reçoit plusieurs coups de fils de la base aérienne d’un officier. Son interlocuteur le questionne sur les moyens de conserver les cadavres en vue d’une étude ultérieure. Le simple fait que le choix des officiels à Roswell se soit porté sur des thanatopracteurs de leur ville alors qu’il eut suffit pour éviter les soupçons, de se renseigner auprès de professionnels d’un autre Etat, prouve que la situation était assez inédite pour que tous les acteurs de cette récupération agissent dans l’urgence. Ce détail prouve également que les professionnels du secret n’étaient peut-être pas encore sur les lieux et que l’opération de désinformation n’avait pas, à proprement parler, débuté.

Glenn Dennis[14] ne devait pas se satisfaire des arguments évoqués pour le questionner de la sorte. Il faut bien s’imaginer qu’un tel déploiement militaire, fût-ce dans cette région rurale et peu habitée, ne pouvait passer inaperçu et ne dut pas manquer d’éveiller la curiosité de chacun.

Dennis est donc sollicité pour fournir quelques cercueils de petite taille, lesquels devraient être hermétiquement fermés. Enfin, l’officier pose plusieurs questions relatives à la conservation des flux sanguins de corps exposés aux éléments et à la chaleur qu’il faut imaginer torride à cette période de l’année dans le Nouveau-Mexique.

Le jeune homme suggère alors l’usage de neige carbonique et s’imagine en premier lieu que des personnalités importantes de l’armée ont trouvé la mort dans un accident. L’occasion lui est fourni de se renseigner directement lorsqu’il est sollicité par l’emploi ponctuel de conducteur d’ambulance qu’il occupe également. Devant ramener à la base un pilote ayant eu un accident de moto, Dennis se promet alors de mener son enquête. Familier des lieux, il se dirige jusqu’à un distributeur de boissons fraîches et remarque alors quelques ambulances bien gardées, apparemment chargées de caisses pleines de débris métalliques. Dennis confirmera d’ailleurs la présence de cette écriture hiéroglyphique vue par de nombreux témoins sur certaines pièces. Croisant dans le couloir une jeune infirmière de sa connaissance, ladite Naomi Selff, il est alors étonné par sa froideur et son état de choc. Tandis que cette dernière lui suggère de quitter les lieux au plus vite, il est remarqué par un officier aux cheveux grisonnants auprès duquel il achève de se démasquer en s’enquérant de savoir s’il y a eu un accident. L’officier ordonne aussitôt à deux gardes de la police militaire de faire sortir Dennis, mais ce dernier est rappelé à l’intérieur par un officier roux qui l’insulte et le menace clairement dans le cas où il viendrait à raconter ce qu’il a vu. Dennis a le sang froid de rappeler qu’il est civil et qu’en tant qu’officier, celui-ci n’a aucun pouvoir sur lui. Mais le capitaine se charge de lui faire savoir que tous les pouvoirs sont présentement en leurs mains et que Dennis risque sa vie s’il ne tient pas sa langue. Le shérif du comté, George Wilcox, ira jusqu’à trouver le père de Glenn Dennis le lendemain, afin de lui faire part de la dangereuse situation dans lequel son fils s’est mis par son intervention.

Dennis parviendra cependant à dîner en compagnie de la jeune infirmière le soir venu au mess de la base. Un témoignage attribue à cette dernière le grade de sous-lieutenant[15], ce qui explique en plus de ses connaissances médicales, la confiance dont elle a pu jouir. Cette infirmière fut donc appelée par deux chirurgiens afin de se livrer à l’examen d’un des corps humanoïdes et à prendre des notes sous la dictée. Il semble que l’odeur particulièrement nauséabonde se dégageant des corps, ait contraint les trois praticiens à abandonner leur entreprise. L’un des docteurs affirmera n’avoir jamais rien vu de semblable. Au cours du dîner, fortement touchée par son aventure, la jeune femme sera incapable de s’alimenter. Elle donne cependant à Dennis quelques détails qui seront également corroborés par d’autres témoins. L’entité qu’elle décrit est l’archétype du « Petit-Gris », l’humanoïde le plus fréquemment décrit dans les rapports d’observations du IIIème type.

La jeune infirmière décrit donc un corps aux proportions moindres que celles humaines, des mains étroites sans pouces et munies, aux extrémité des quatre doigts, de petites ventouses. La tête très développée par rapport au reste du corps est caractérisée par une bouche et un nez à peine esquissés, au même titre que les oreilles à peine marquées par un infime bourrelet de chair. A l’intérieur de la bouche sans lèvres, se trouvent deux plaques rugueuses. Les os semblent souples.

La jeune femme laissera à son ami quelques croquis réalisés de mémoire et disparaîtra le lendemain pour une destination inconnue. Dennis recevra une lettre d’elle quelques temps plus tard portant un code postal militaire. La réponse qu’il lui fera parvenir lui sera réexpédiée avec la mention « décédée dans un accident aérien » et il n’aura plus aucun contacts.

Ce dernier détail a son importance. Il suffit de partir du postulat qu’une épave d’une technologie exotique et ses occupants extraterrestres a été réellement récupérée par les militaires. Quelle serait alors la réaction des services secrets américains par rapport aux différents acteurs de cette récupération ? Il est vraisemblable d’imaginer qu’un solide cloisonnement des relations extérieures desdits acteurs fut opéré et que ces derniers furent enrôlés de gré ou de force dans quelque projet spécial ou tout du moins contraints à un strict mutisme. Les plus récalcitrants durent être neutralisés et leurs relations sévèrement contrôlés. Nul doute que l’identité de Dennis, contrôlée lors de la mise en garde qui lui fut faite à la base, suffit à lui interdire tout échange épistolaire avec la jeune femme, mais il est impossible de savoir ce qui est réellement advenu à cette personne, si l’on admet son existence.

 

 

V. La seconde récupération.

 

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Maggie et William « Mac » Brazel.

 

 

Dès la fin de la journée du 5 juillet, il faut imaginer que le terrain du crash a été soigneusement nettoyé de toute forme de traces. La presse, qui recevra plus tard des menaces pour avoir divulgué la découverte de Mac Brazel, a été muselée ou ne dispose pas d’informations nécessaires pour relayer la nouvelle. Cependant, il est légitime de croire que la région ne bruit que de cet événement, même si la réalité n’est peut-être pas connue. L’impressionnant dispositif militaire, les nombreux témoins indirects non-militaires de l’opération, bien qu’ils aient pu être fortement brieffés pour garder le secret, le caractère sensationnel des événements n’a pu échappé à certains et de là se répandre dans l’opinion. Si certains s’étonnent de la loyauté des nombreux témoins, il faut se replacer dans le contexte de l’époque. La guerre froide est une réalité tangible dans les pays concernés et la hantise de l’espionnage est à son paroxysme. De lourdes peines sanctionnent ceux qui s’y livrent et l’exécution des époux Rosenberg va fournir un exemple concret de ces dispositions. Par ailleurs, l’ensemble des témoins qui accepteront de répondre à l’enquête de Randle et Schmitt, insiste sur les nombreuses menaces dont eux ou leurs parents firent l’objet et l’extrême prudence, justifiée ou non, (confinant parfois à la paranoïa) de ceux qui livrèrent des informations. Il est vraisemblable que longtemps après l’épisode du crash, une surveillance volontairement visible fut exercée à leur encontre. C’est un point sur lequel la plupart des témoins s’accordent. Bien des années plus tard, comment révéler un fait dont seule une poignée de personnes connaissaient l’existence. Il faudra l’intérêt croissant de l’opinion, quelques décennies et les premières études d’ufologues, pour que les acteurs de cet événement consentent à livrer leur secret ou à le partager avec certains de leurs intimes.

 

Le 6 juillet au matin, le rancher « Mac » Brazel qui possède des terres  au sud–est de Corona se rend dans le bureau du shérif Wilcox. Il lui narre alors sa découverte dans un de ses champs d’une grande quantité de débris métalliques et autres, dont il amène quelques échantillons. En réalité, d’autres personnes qui échapperont à la sagacité des militaires, tels les membres de la famille Proctor, (dont les parents sont des amis de « Mac » et dont le fils Tim Proctor chevauche souvent en compagnie du rancher), ont pu les examiner. De même le fils et la fille de Brazel, laquelle aidera son père à ramasser des débris. Toutes ces personnes manipulèrent directement les matériaux et confirmèrent leur haute étrangeté[16].

La réaction du shérif est alors lourde de sens. Il avise Brazel qu’il se doit de prévenir l’armée de ce fait mais prend la liberté de prévenir Franck Joyce, l’un des animateurs de la station radio locale « KGFL » qui avait téléphoné au shérif afin de récolter d’éventuelles informations. Le lendemain de la première récupération dont Wilcox a été l’un des acteurs, cette annonce à la presse est peut-être l’ultime tentative d’un citoyen exaspéré par l’obligation de secret imposé par les militaires. Wilcox n’a sûrement eu aucun mal à mettre en corrélation les deux théâtres des faits pourtant distants d’une cinquantaine de kilomètres, si biensur il avait participé à la première récupération, mais choisit peut-être de profiter de cette apparente dissimilitude entre les deux affaires. Indubitablement, c’est la connaissance par le public de cette deuxième récupération et sa mise en corrélation avec la première, qui assura la trahison du secret sur Roswell.

 

 

L’officier de renseignement du 509e Bomb Group, le major Jesse Marcel et un autre officier du contre-espionnage, le capitaine Sheridan Cavitt, se rendent au bureau du shérif et demandent à Brazel de les accompagner sur les lieux. Un convoi se forme, composé de la camionnette du fermier, de la voiture de service de Marcel (une Buick 1942) et de la Jeep du capitaine Cavitt. Parvenus sur les lieux au crépuscule, les trois hommes attendent le lever du jour dans la maison de « Mac » Brazel.

Là, les officiers examinent une pièce d’environ « dix pieds de diamètre » ramenée à l’abri par le fermier et ne relèvent aucune radioactivité sur leur compteur Geiger[17].

Encore une fois les informations des versions officielles, qui seront données plus tard, paraissent fortement incohérentes. S’il s’agissait d’un ballon « Mogul » ou d’un ballon-sonde récupéré la veille par l’armée, pourquoi dépêcher en urgence deux officiers de rang non subalterne et munis d’un compteur Geiger ? Surtout lorsque l’on sait que les ballons Mogul qui servent d’explication à l’US Air Force ne contenaient aucun élément radio-actif ou susceptible de l’être.

 

Le lendemain, dans la matinée du 7 juillet, les trois hommes se rendent jusqu’au champ, large de 60 à 90 mètres environ, pour une longueur de plus d’un kilomètre et parsemé de débris. Les deux officiers noteront également les traces d’une dépression dans le sol d’environ trois mètres de large et visible sur environ 150 mètres. Seul un impact extrêmement violent et avec un objet beaucoup plus lourd qu’un train de ballons atmosphériques pouvait être à l'origine d'une telle trace. Durant la matinée, les deux officiers rassemblent le plus de matériel possible et s’efforcent de repérer l’ensemble des artefacts. Une fois encore, ils ne constatent aucune radioactivité sur les lieux mais ces matériaux présentent des caractéristiques inédites. Parmi ceux-ci, ce qui ressemble à une feuille aluminium souple qui récupère toujours sa forme initiale bien qu’on l’ait plié et froissé, et des sortes de baguettes de balsa. Les débris semblent rester intacts et présenter une grande résistance à toute atteinte car la flamme d’un briquet ou les efforts que les deux hommes déploient pour laisser une marque au couteau, n’ont aucun effet.

Cavitt charge son véhicule du maximum de débris possibles et fait un premier aller jusqu’à la base du 509e Group, tandis que Marcel continue ses investigations. Plus tard, le major rend visite à Brazel pour l’avertir de s’attendre à la visite d’autres militaires afin de récolter le reste des débris. C’est dans la nuit du 7 au 8 juillet, à deux heures du matin, que Jesse Marcel réveille sa femme et son fils, Viaud et Jesse Marcel Jr, pour leur montrer ce qu’il leur présente de façon catégorique comme les débris d’une soucoupe volante. S’il s’agissait alors de bouts de bois, de morceaux de scotch à fleurs et de papier aluminium, on a peine à croire que le major ait choisi de réveiller en pleine nuit sa famille pour leur faire partager cette piètre découverte.

 

Le colonel Blanchard ordonne au major Easley de se rendre en compagnie de MP sur le site du ranch Brazel afin d’en garantir l’accès aux seuls militaires. Nul doute qu’en haut lieu à Washington et au QG de l’US Air Force à Fort Worth, certaines personnes furent avertis de la suite des événements.

C’est alors que « Mac » Brazel disparaît durant vingt-quatre heures, provoquant dans la communication de cette opération militaire, un revirement massif. En réalité, l’homme passera la nuit avec Walt Whitmore Sr., à qui il se confiera largement. Le rancher, aussi frustre soit-il et c’est l’image qu’il laissa à la postérité au cours de cette affaire, a t’il compris de quoi il retournait ? Marcel et Cavitt lui ont-ils confié la vérité ? tout semble l’indiquer.

Aucun témoignage ne vient apporter de lumière sur ce point. Brazel disparu, l’armée ne peut prévenir toute fuite sur cette opération. C’est sans aucun doute ce qui va faire naître le communiqué du 8 juillet de la base de Roswell sur la récupération d’une soucoupe volante. Aussi curieux que cela puisse paraître, c’est donc la seconde récupération qui est à l’origine du communiqué. Cette constatation éclaire singulièrement l’épisode Roswell. En effet, si l’on ne se fie qu’à la découverte du champ de « Mac » Brazel, rien ne pouvait laisser penser qu’une soucoupe volante s’était écrasée. La confusion de la part du Commandant William Blanchard est donc impossible à déterminer. Il est hautement improbable de même, que Blanchard ait pris sur lui d’annoncer cette nouvelle malgré les évidentes manœuvres du gouvernement pour tenir ce fait secret. D’ailleurs, la carrière très respectable que Blanchard eut par la suite, et la nature de son poste à l’époque des faits, plaide en faveur de sa parfaite loyauté à l’égard de la hiérarchie. Cette annonce s’apparente beaucoup plus certainement au premier acte d’une entreprise de désinformation particulièrement retorse. Sachant que Brazel ferait certainement des confidences et que les traces de la première opération étaient encore trop fraîches dans les mémoires de la population locale, annoncer la récupération d’un engin exotique sur la simple foi de quelques débris véridiques, pour se rétracter et annoncer par la suite qu’il n’en était rien, était certainement le moyen le plus audacieux pour jeter un doute définitif sur ce fait. C’est l’option qui fut manifestement choisie et son effet est encore intact cinquante ans plus tard, agrémenté par d’autres communications désinformatrices de la part de l’U.S. Air Force, puisque pour une majorité de l’opinion et malgré les témoignages accablants, on ne connaît toujours pas la vérité sur l’affaire Roswell.

 

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Lt. Walter Haut.

 

Le Lieutenant Walter Haut, chargé des relations publiques de la base, rédigea donc le 8 juillet 1947 ce communiqué, qui fut divulgué à midi et qui lui fut dicté à 9h30 au sortir d’une réunion s’étant tenue deux heures auparavant, en compagnie des principaux officiers de la base. La nouvelle, de par son caractère sensationnel,  fut propmptement relayée par le Roswell Daily Record et par toutes les agences de presse du monde, dont le jour même, par l’Agence France-Presse. Placé dans le cadre de cette vague d’observations d’ovnis de 1947 et particulièrement au-dessus de sites militaires américains sensibles, cette nouvelle eut un grand retentissement et la base fut bientôt submergée de coups de fil émanant du monde entier, ce dont Haut qui est un des témoins clefs de cette affaire, a consenti à témoigner dans un affidavit.

« [18]En juillet 1947, j’étais affecté à Roswell Army Air Base, au titre d’officier des relations publiques. A environ neuf heures du matin, le 8 juillet, j’ai reçu un appel du colonel William Blanchard, commandant de la base, me disant qu’il était en possession d’une soucoupe volante ou tout du moins de pièces détachées d’un tel engin. Il déclara qu’elles provenaient d’un ranch situé au nord-ouest de Roswell et que l’officier de renseignement de la base, le major Jesse Marcel, allait convoyer les matériaux à Fort Worth. Le colonel Blanchard me dit d’écrire un communiqué à la presse au sujet de cette opération et d’en donner une copie aux deux journaux et aux deux stations de radio de Roswell.

Il considérait que les médias locaux devaient avoir la primeur de cette information. Je suis allé d’abord à KGFL, puis à KSWS, puis au Daily Record et finalement au Morning Dispatch. Le lendemain, j’ai lu dans les journaux que le général Roger Ramey avait déclaré que l’objet était un ballon météo.

Je crois que le colonel Blanchard avait vu les matériaux car il était très affirmatif quant à leur provenance. Il n’y a pas la moindre chance pour qu’il les ait confondus avec un ballon météo. Il n’y a pas non plus la moindre chance pour que le major Marcel se soit lui aussi trompé ».

 

Dans "Le festival de Roswell 2007, et les nouveaux témoins de l'accident d'un ovni", article de Gildas Bourdais sur le soixantième anniversaire de Roswell, (http://www.ovni.ch/home/frame4.htm) l'auteur nous livre une synthèse de l'affidavit de Haut, témoin clé de l'affaire, et récemment rendu public.

 

" Haut avait signé en 2002 une déclaration notariée (affidavit), devant rester scellée jusqu’à sa mort. Cette déclaration est maintenant entièrement divulguée. Haut, comme il l’avait dit d’abord dans un récit oral enregistré par Wendy Connors et Dennis Balthaser en 2000, révèle qu’il avait vu l’engin écrasé et plusieurs petits cadavres avec de grosses têtes au hangar 84, conduit là par le colonel Blanchard. C’était le 8 juillet après-midi, alors que le communiqué de presse était déjà diffusé."

 

Haut révèle aussi qu’il avait entendu parler pour la première fois du champ de débris de Brazel (le fermier Mack Brazel), et d’un autre lieu de crash à 40 milles (60 km) au nord (de la ville), où se trouvaient l’engin principal et les cadavres, le lundi après-midi 7 juillet, de retour à la base après le week-end du 4 juillet (jour de la fête nationale).

 

Le site plus au nord (le champ de débris de Brazel au Foster Ranch) venait d’être découvert par des civils et, en ville et sur la base, des rumeurs commençaient à circuler concernant les deux sites.

Le matin suivant (mardi 8 juillet), à 7h30, Haut avait assisté à la réunion des officiers les plus gradés (senior), où ils avaient tous été informés sur ce qui se passait. Marcel et Cavitt (le Major Jesse Marcel et le capitaine Sheridan Cavitt) y avaient décrit leur découverte sur le champ de débris de Brazel, et Blanchard avait informé tout le monde sur le second site de crash.

Haut affirme aussi que le général Ramey et le colonel DuBose étaient là, ce qui signifie qu’ils étaient venus par avion de Fort Worth.

Des débris étaient passés de main en main, et personne ne pouvait les identifier. Une grande partie de la réunion avait consisté à discuter de la manière de faire face à la situation, et sur ce qu’il fallait dire au public.

 

Haut commente quelques-unes des raisons sous-jacentes qui ont conduit à la publication du curieux communiqué de presse. Selon Haut, ce fut l’idée du général Ramey, pour détourner ainsi l’attention du public du site plus proche et plus important, de la découverte de l’appareil et des cadavres. Haut eut le sentiment que Ramey ne faisait qu’appliquer des instructions venant du Pentagone.

 

Haut dit aussi qu’il était allé sur au moins l’un des sites et en avait rapporté lui même quelques débris (ce point, ambigu, va sans doute être très critiqué par les sceptiques).

Il a su que deux équipes étaient retournées sur le terrain pendant des mois pour essayer de repérer toute trace physique qui aurait été oubliée. Bien qu’il ne le dise pas, Haut corrobore ainsi divers récits de débris confisqués plus tard, comme celui de Bill Brazel Jr (le fils du fermier Brazel).

 

L’affidavit de Haut et d’autres témoignages ci-après remettent en piste le site du crash à 40 milles au nord de Roswell, où avaient été trouvés l’appareil et les cadavres.

Haut présente également une nouvelle chronologie de la découverte du site le 7 juillet, qui signifie que cette opération avait commencé sur ce site dans le même temps où Marcel et Cavitt étaient en train d’inspecter le champ de débris de Brazel."

 

Ainsi, les dépêches relayées par l’A.F.P. sont d’une clarté extrême.

« N°214, 8 juillet 1947, 23h55.

Une soucoupe volante tombe entre les mains des autorités militaires américaines.

 

Roswell, (New Mexico) 8 juillet 47 le 509e groupe de bombardement de l’aviation américaine annonce qu’il a saisi une « soucoupe volante » qui sera immédiatement transmise aux autorités supérieures.

 

N°7, 9 juillet, 01h10.

Le mystère des « soucoupes volantes ».

 

Roswell (New Mexico), 8 juillet 47. Le Lieutenant Walter Haught, officier de la base aérienne, chargé des relations avec la presse, a fait une brève déclaration après la découverte d’une « soucoupe volante », par le commandant J.A. Marcel, dans un ranch situé près de Corona.

Le Lieutenant Haught a précisé que les officiers du service de renseignement du 509e groupe de la 8ème armée de l’air sont entrés en possession d’une « soucoupe volante » grâce à l’aide du propriétaire du ranch du comté de Chavez et du shérif local ».

 

Le 8 juillet, « Mac » Brazel est arrêté en toute illégalité par la police militaire. Il est contraint à une déclaration devant la presse au cours de laquelle il prétend que ces débris sont ceux d’un ballon sonde ayant chuté en juin. Par la suite, il sera retenu à la base aérienne durant une semaine et n’en sortira que pour ne plus jamais s’exprimer sur cette affaire, si ce n’est pour dire que c’était la dernière fois qu’il communiquait de son propre chef des informations à l’armée. Il semble qu’il ait bénéficié, afin de s’attirer ses faveurs, d’une camionnette neuve et d’un compte en banque solidement garni.

La presse est neutralisée afin que ses enquêtes ne viennent pas contrecarrer l’explication de l’US Air Force. Certains témoignages décrivent précisément ces manœuvres et intimidations pour enterrer l’affaire. Dans son affidavit, George « Judd » Roberts, collègue de Walt Whitmore confirme dans quelles conditions l’entretien que Whitmore eut le 7 juillet au soir avec Brazel, fut définitivement enterré.

« En 1947, j’étais actionnaire minoritaire et directeur de la radio KGFL à Roswell. Nous avons eu un entretien avec Walt Whitmore et « Mac » Brazel, le fermier qui avait trouvé des débris sur son terrain. Nous l’avons caché à la maison de Walt Whitmore Sr., le propriétaire de la station et avons enregistré l’entretien sur un magnétophone. Le lendemain matin j’ai reçu un appel de quelqu’un à Washington D.C. C’était peut-être quelqu’un du bureau de Clinton Anderson ou de Denis Chavez. Cette personne m’a dit : « Nous comprenons que vous détenez une certaine information, et nous voulons vous assurer que si vous la diffusez, il est très possible que la licence de votre station soit menacée, et nous vous suggérons donc de ne pas le faire ». Cette personne a indiqué que nous pourrions perdre notre licence en pas plus de trois jours. J’ai pris la décision de ne pas diffuser l’histoire ».

Un autre témoignage vient corroborer ces propos. Lydia Sleppy, opératrice à la station radio « Koat » d’Albuquerque, rapporte comment elle apprit le crash de Roswell de la bouche de son collègue journaliste Johnny McBoyle, durant un entretien téléphonique. Alors qu’elle rédigeait l’information sur télétype, elle reçut un message du FBI lui interdisant cette transmission.

«[19] ATTENTION ALBUQUERQUE : CESSEZ LA TRANSMISSION. JE REPETE. CESSEZ LA TRANSMISSION. INFORMATION RELEVANT SECURITE NATIONALE. STOP. ».

Au sujet de cet épisode, Richard D. NOLANE note : « [20]Que le FBI surveillât les lignes d’un Etat aussi « sensible » que le Nouveau-Mexique à l’époque n’avait rien de très étonnant. Ce qui l’était plus c’était que, par la suite, le reporter Johnny McBoyle ait toujours obstinément refusé de parler de l’incident à tous ses collègues qui l’interrogèrent ».

 

Franck Joyce qui officiait à la station de radio KGFL raconte comment il reçut un appel de Brazel lui racontant toute l’histoire et comment le même Brazel devait se rétracter de la plus étrange des manières, ce revirement se faisant une fois dans une atmosphère à peine dissimulée de pressions exercées sur les principaux témoins.

« Il m'a demandé quoi faire à leur sujet. Je lui ai recommandé d'aller à la base aérienne de l'armée de Roswell [sic].

La chose suivante que j'ai entendue était que le PIO [lieutenant] Walter Haut, est arrivé à la station à un certain moment après que j'aie reçu cet appel. Il m'a remis un communiqué imprimé sur papier pelure et est parti immédiatement. Je l'ai rappelé à la base et je lui ai dit, "je suppose que vous ne souhaitez pas vraiment publier ce genre d'histoire qui indique que vous avez une soucoupe volante ou un disque volant." Il a dit, "Non, c'est ok. J'ai l’aval du C.O." [le Colonel Blanchard ].

J'ai envoyé le télégramme sur le câble de la Western Union pour le bureau de United Press. Après que je sois revenu à la station, il y avait un flash sur le câble avec l'histoire: "les corps aériens de l'armée américaine indiquent qu'ils ont une soucoupe volante." Ils ont dactylographié un paragraphe ou deux, et alors d'autres sont arrivés sur le cable et ont demandé plus d'information. Alors les appels téléphoniques ont commencé à arriver, et je les ai renvoyé vers eux [la base].

Puis le cable s'est arrêté et a juste bourdonné. Alors un appel téléphonique est arrivé, et l'interlocuteur s'est identifié en tant qu'officier au Pentagone, et cet homme m'a dit un certain de nombre de choses désagréables qui pourraient m'arriver. Il était vraiment terriblement mauvais. En conclusion, je me suis fait comprendre de lui : j'ai dit, "vous parlez d'une nouvelle provenant des forces aériennes de l'armée américaine." Bang, le téléphone était coupé, le téléphone était tout simplement mort."

Puis [le propriétaire de la station] Whitmore m'a appelé et a dit, "Frank, qu'est ce qui se passe ici?" Il était complètement retourné. Il a demandé, "Où vous avez obtenu cette histoire?" En attendant, j'avais pris ce bulletin et l'avais caché, pour avoir une preuve afin que personne ne puisse m'accuser de l'avoir inventé. Whitmore est arrivé à la station et je lui ai donné le bulletin. Il l'a pris avec lui.

L’événement suivant le plus significatif s'est produit dans en soirée. J'ai reçu un appel de Brazel. Il a dit que nous n'avons pas bien compris cette histoire. Je l'ai invité à la station. Il est arrivé peu après le coucher du soleil. Il était seul, mais j'ai eu le sentiment que nous étions observés. Il a dit quelque chose au sujet d'un ballon météo. J'ai dit, "Ecoutez, c'est complètement différent que ce que vous m'avez dit au téléphone l'autre jour au sujet des petits hommes verts," et c'est alors qu'il m'a dit "non, ils n'étaient pas vert." J'ai eu le sentiment qu'il était sous une énorme pression. Il a dit, "Nos vies ne seront plus jamais les mêmes. »

 

Enfin, l’affidavit de George McQuiddy, responsable du second quotidien de Roswell, le « Roswell Morning Dispatch », semble indiquer les mêmes éléments. Il raconte comment, peu de temps après le premier communiqué du 509ème, un officier de celle-ci se chargea de téléphoner au journal pour dire que la déclaration était une erreur et afin d’en empêcher la diffusion. Ce témoin affirma que cette nouvelle tactique fut adoptée par les militaires dès le milieu de la journée quand il fut manifeste que l’armée avait circonscrit le site des débris. McQuiddy qui était proche du colonel Blanchard, rapporte que ce dernier, questionné sur cette affaire, après être resté évasif des mois durant, lâcha à son ami : « Le matériel que j’ai vu, je n’en avais jamais vu nulle part ailleurs de semblable dans toute ma vie ».

 

Si la presse est muselée, les acteurs principaux de ces événements sont pour leur part sérieusement menacés. Barbara Dugger, petite-fille de George et d’Inez Wilcox, témoigna dans ce sens lorsqu’elle fut interviewé en 1991 par Kevin Randle.

« [Mon grand-mère a dit] « n'en parlez à personne ». Quand l'incident s'est produit, la police militaire est venue à la prison et a dit à George et à moi que si nous disions jamais quoi que ce soit au sujet de l'incident, non seulement nous serions tués, mais notre famille entière serait tuée."

"Ils ont appelé mon grand-père et quelqu'un est venu et lui a parlé au sujet de cet incident. Il est sorti et s'est rendu au site. Il y avait un grand secteur brûlé et il a vu des débris. C'était dans la soirée. Il y avait quatre êtres de l'espace. Leurs têtes étaient grandes. Ils portaient des costumes comme de la soie. Un des petits hommes était vivant. Si elle [Inez] dit que cela s'est passé, c'est que cela s'est passé."

[Concernant la menace de la mort, Barbara dit que Inez a déclaré:] « Ils le pensaient vraiment, Barbara. Ils ne plaisantaient pas. »

Elle a indiqué que l'événement l'a choqué. Il n'a plus jamais voulu être shérif à nouveau par la suite. Grand-mère s'est présentée pour le poste de shérif et a perdu les élections. Ma grand-mère était une citoyenne très fidèle des Etats-Unis, et elle pensait qu'il était dans l'intérêt supérieur du pays de ne pas parler de l'incident. »

 

 

VI. Le transport des débris et leur subtilisation.

 

Les débris furent acheminés jusqu’à une « Superforteresse » B-29 qui les convoya jusqu’à Fort Worth. Robert Porter, « master-sergeant » à la retraite témoignera dans un affidavit, du transport des matériaux de Roswell à Fort Worth. Il était alors sergent-chef et prit part au vol en tant que mécanicien navigant.

«[21]A cette occasion, j’étais membre de l’équipage qui transportait vers Fort Worth des morceaux de ce qui nous avait été présenté comme une soucoupe volante. Parmi les personnes à bord se trouvaient le lieutenant-colonel Payne Jennings, commandant en second de la base aérienne, le lieutenant-colonel Robert I. Barrowclough, le major Herb Wunderlich et le major Jesse Marcel. Le capitaine William E. Anderson nous a dit que ces débris provenaient d’une soucoupe volante. Après notre arrivée, le chargement a été transféré dans un B-25. On m’a dit que les matériaux allaient être acheminés vers Wright Field à Dayton dans l’Ohio ».

 

Un autre affidavit marquant est celui de Robert A. Slusher, qui assista aussi au transport des débris de la soucoupe. Il précisa qu’un spécialiste des pompes funèbres assista au convoyage des matériaux, ce qui semble indiquer que les corps furent également transférés de la sorte.

« J’ai été affecté à Roswell Army Air Field de 1946 à 1952. Le 9 juillet 1947, j’ai embarqué sur un B-29 qui a roulé au sol jusqu’à la zone de base où se trouvaient les munitions pour prendre une caisse que nous avons chargée dans la soute à bombes de l’avant. Quatre MP (Police militaire) armés gardaient cette caisse qui avait approximativement quatre pieds de haut, cinq pieds de large et douze pieds de long (1,2 m par 1,5m par 3,6m.). Nous avons quitté Roswell vers seize heures. L’officier des opérations aériennes de ce vol était le major Edgar Shelley. Le vol vers Fort Worth s’est déroulé à basse altitude, environ quatre mile ou cinq mille pieds (1200 à 1500 mètres). Nous volions d’habitude à 25000 pieds (environ 7800 mètres) avec la pressurisation. Nous étions obligés de voler plus bas à cause des MP voyageant dans la soute à bombes.

En arrivant à Fort Worth, nous avons été accueillis par six personnes dont trois MP. Elles ont pris la caisse en charge. La caisse a été mise sur un tracteur plat à munitions et emportée sous la garde de leurs MP. L’un des officiers présents était un major, l’autre un lieutenant. La sixième personne était un employé des pompes funèbres qui avait été en classe avec l’un des membres de l’équipage, le lieutenant Félix Martucci. Le major Marcel est arrivé à l’avion en Jeep et est monté à bord. Nous sommes restés environ trente minutes à Fort Worth avant de rentrer à Roswell.

Le vol de retour se déroula à plus de 20000 pieds et la cabine fut pressurisée. Après être rentrés à Roswell, nous nous sommes aperçus que le contenu de la caisse était classifié. Des rumeurs ont couru que nous avions transporté des débris provenant d’un accident aérien. Je ne sais pas s’il y avait ou non des corps. La caisse avait été faite sur mesure ; elle ne portait aucune inscription.

Nous avons ramené le major Jesse Marcel sur ce vol. le pilote était le capitaine Frédéric Ewing ; le co-pilote était le lieutenant Edgar Izard. Le sergent David Tyner était mécanicien navigant ; le navigateur était James Eubanks ; étaient aussi présents le « technical sergeant » Arthur Osepchook et le caporal Thaddeus Love. Les MP sont aussi revenus avec nous. Le lieutenant Elmer Landry participait au vol comme assistant du mécanicien navigant.

Ce vol était inhabituel dans la mesure où nous sommes rentrés immédiatement après avoir déchargé notre cargaison. C’était un vol non programmé ; normalement, nous étions prévenus la veille avant un vol. Le retour nous a pris environ trois heures et quart. Il faisait encore jour quand nous sommes arrivés à Roswell. Le lieutenant Martucci nous a dit que nous avions fait un vol historique ».

 

 

http://uploads.abovetopsecret.com/ats44718_ramey24aw.jpgJ. Marcel dans le bureau du Gal. Ramey. Photo par James Bond Johnson. Université du Texas, Arlington Libraries, Special collections.)

 

Jesse Marcel prétend quant à lui que son rôle s’arrêta à Fort Worth, le 8 juillet et qu’il ne fut pas préalablement tenu au courant, par ses supérieurs, de leurs intentions.

 

 « [22] …nous avons chargé l’ensemble dans un B-29 sur l’ordre du colonel Blanchard et nous avons tout transporté à Fort Worth par voie aérienne. Il était prévu que je vole jusqu’au terrain de Wright dans l’Ohio, mais quand nous sommes arrivés sur la base de Carswell à Fort Worth, le général [Ramey] s’y est opposé. Il a pris les choses en main, a dit a la presse que cela n’était qu’un ballon météo et m’a donné l’ordre de ne parler aux journalistes sous aucun prétexte. J’ai été retiré du vol et quelqu’un d’autre a été désigné à ma place pour convoyer les matériaux à Wright Field. Tout a été envoyé à Wright-Patterson pour analyse ».

Marcel s’explique également sur la fameuse photo le représentant dans le bureau du général Ramey à Fort Worth, tenant quelques débris dont ce qui semble être une feuille d’aluminium.

« Juste après notre arrivée à Carswell, Fort Worth, on nous a dit d’apporter une partie de ces débris dans le bureau du général, parcequ’il voulait y jeter un coup d’œil. C’est ce que nous avons fait et nous les avons étalé par terre sur du papier craft.

Ce que nous avons apporté n’était qu’une petite partie des débris. Il y en avait bien davantage. Il emplissaient la moitié du B-29 qui était dehors. Le général Ramey a autorisé quelques journalistes à prendre quelques photos de ces objets.

Ils ont pris une photo de moi accroupi, tenant un des morceaux les moins intéressants de ceux qui avaient été récupérés. La presse a pu prendre ce cliché sans avoir pour autant la permission de s’approcher assez près pour toucher les matériaux. Mais il s’agissait bien des morceaux authentiques. Ce n’était pas une photo truquée. Ensuite, ils ont enlevé tous les débris de notre épave et lui ont substitué des morceaux d’une autre provenance. Ils ont alors autorisé d’autres photos. Elles ont été prises tandis que la véritable épave était déjà en route vers Wright Field ».

 

Malgré l’audace de cette opération, des incohérences manifestes subsistaient. Comment les débris d’un ballon météo, fut-il spécial et de taille respectable puisque ses débris s’étalaient sur 120 mètres environ, pouvaient-ils primo, avoir échappé à la sagacité du fermier sur un mois, lequel faisait pourtant paître ces bêtes sur ses champs, secundo, comment un ballon sonde pouvait-il générer tant de débris qu’il faille pour les transporter un B-29 (à moins que ce ne soient pas les mêmes débris qui furent ici transportés jusqu’au général Ramey), tertio, au nom de quel délire un major du renseignement d’une des bases les plus sensibles de l’armée américaine pouvait-il ne pas reconnaître un ballon-sonde et plus aberrant encore, le confondre avec une soucoupe volante, convaincre sa hiérarchie et en aviser le monde entier ?

Enfin il est fort douteux que Marcel n’ait pas intentionnellement joué le jeu des autorités, et personne ne saurait d’ailleurs le lui reprocher mais il convient de rétablir la vérité. Effectivement, le major Marcel fut nommé lieutenant-colonel six mois après les faits. Affecté à un programme ultra-secret s’essayant à déterminer l’état de la recherche nucléaire soviétique, il rédigea un rapport lu à la nation par le président Truman et annonçant que les Russes étaient en possession de l’arme atomique. Il est certain que ce ne fut pas en récompense de la plus maladroite des confusions entre un ballon-sonde et un vaisseau spatial extraterrestre.

En réalité, il apparaît clairement que tous les acteurs de cet événement agirent sur consignes, pleinement conscients et diversement satisfaits de cet état de faits, afin que cet épisode capital demeure soustrait au grand public.

En 1978, Jesse Marcel dans son interview par L. Stringfield avait éclairé cette enquête d’une lumière nouvelle. En 1993, Thomas Jefferson Du Bose, général de brigade à la retraite, confirma dans un affidavit signé, le trucage du général Ramey, commandant de la VIIIeme Air Force, dont il était alors le chef d’état-major.

 

Comme le souligne fort bien J-G. Greslé, « [23]Cette thèse est absurde. Il est choquant de la voir présenter sans rire par le général Ramey en 1947, puis près d’un demi-siècle plus tard par le colonel Weaver, représentant officiel de l’US Air Force. Comment les journalistes du Washington Post, d’ordinaire moins crédules, ont-ils pu l’accepter aussi facilement ? ».

 

 

VII. Le traitement de l’épave.

 

Comme il est très vraisemblable que l’épave, eu égard à ses dimensions et son exotisme, n’ait pu être démontée sur place ou transportée en plusieurs parties et que la configuration du terrain rendait l’atterrissage d’un avion impossible, la thèse la plus probable est que l’engin fut convoyé discrètement et de nuit jusqu’à une des bases les plus proches telles que celle de White Sands