Le projet SIGN
La « Commission Soucoupe » et l’émergence de l’hypothèse extraterrestre.
Il est tout d’abord primordial de mesurer que ce projet mobilisait l’US Air Force dans son ensemble et bénéficiait du concours le plus complet de tous les établissements militaires. Un rapport secret du 27 février 1948 et signé du major-général Cabell reconnaissait officiellement la compétence de l’AMC (Air Materiel Command) en matière d’étude des rapports d’ovnis (Cf. Annexe).
« 1- C’est la politique de l’Air Force que de ne pas ignorer les rapports d’observations et phénomènes atmosphériques, mais de reconnaître comme partie intégrante de sa mission, le fait de collecter, de comparer, d’évaluer et de relever les informations de cette nature.
2- Afin de mettre en œuvre cette politique, l’Air Materiel Command a été désignée comme l’agence de l’Air Force chargée de collecter, de comparer, d’évaluer et de distribuer aux agences gouvernementales et aux personnes privées en contrat avec le gouvernement, toute observation concernant les observations et phénomènes atmosphériques pouvant être considérées comme intéressant la sécurité nationale.
3- Toutes les installations de l’air Force dans la zone de l’intérieur comme en dehors et en Alaska ont été instruites dans le but de rapporter toutes les observations, ou informations concernant ces observations qui pourraient être l’objet de notre attention, directement au Commandement général, Air Materiel Command, Base de Wright-Patterson, Dayton, Ohio. »
Il est étonnant de constater que les exigences de l’US Air Force sont déjà très détaillées ce qui semble indiquer que le phénomène est déjà l’objet d’une grande attention de la part des autorités militaires.
« 6- Si possible, les rapports à l’Air Materiel Command devraient comporter les informations suivantes :
a- Lieu et heure de l’observation.
b- Conditions météo au moment de l’observation.
c- Noms, emplois et adresses des témoins.
d- Photographies de l’objet, si disponibles.
e- Objet observé :
1. nombre 2. forme 3. taille 4. couleur 5. vitesse 6. avancée 7. manœuvrabilité 8. altitude 9. Son 10. tuyère d’échappement s’il y a lieu ».
Dans ce contexte, la commission Sign avait donc pris une existence concrète le 22 janvier 1948, deux semaines après le crash du capitaine Mantell, sous l’autorité de la Technical Intelligence Division de l’AMC (Air Materiel Command) à Wright Field. Elle se vit attribuer le numéro de projet X 8-304 par une lettre du chef d’Etat-Major adjoint de l’Armée de l’Air, service du matériel. On comprend mieux, à la lecture des rapports officiels de février et décembre 1949, l’extrême prudence des conclusions de la commission Sign lorsque l’on sait qu’elle avait initialement reçu une priorité moyenne (2A) ainsi que la classification « Diffusion restreinte ». Les adversaires de la théorie du secret américain relatif aux ovnis y verront la preuve de la sincérité des enquêtes officielles, sauf si l’on considère que l’essentiel des informations à disposition n’était pas destiné à être connu du grand public mais procédait plutôt d’une volonté d’afficher que le gouvernement s’essayait à répondre aux légitimes questions de sa population.
La commission, quoique très fortement liée au monde militaire, réunissait également un astrophysicien, Joseph Allen Hynek, un savant de grande envergure dont l’identité reste inconnue (peut-être le Dr. Vannevar Bush ?) et un groupe spécialisé dans les estimations issu de la Rand Corporation, tous engagés par contrats sur ce projet. La Rand Corporation avait lancé une étude spéciale en accord avec la lettre de l’Armée de l’Air n°80-10 datée du 21 juillet 1948, destinée à étudier particulièrement « …la possibilité infime que certains des objets observés soient des vaisseaux spatiaux ou des véhicules satellites », (la qualification d’ « infime » appliquée d’emblée à l’hypothèse extraterrestre est ici évidemment lourde de sens). S’y trouvaient associés, également par contrat, l’université de l’Ohio, pour l’identification des phénomènes astrophysiques, et divers consultants, membres scientifiques du Scientific Advisory Board to the Chief of Staff, USAF (Conseil scientifique auprès du chef d’Etat-Major de l’armée de l’Air américaine).
(Joseph Allen Hynek, astrophysicien)
Il est d’usage de considérer que le projet SIGN connut deux époques : la première, enthousiaste, vit les tenants de l’hypothèse interplanétaire triompher, tandis que la seconde, au travers des rapports officiels annonçait la politique américaine à venir, axée autour de la minoration du phénomène et sa réduction systématique à des mésinterprétations humaines.
Dans le contexte chargé que nous venons d’évoquer, la commission Sign se met donc au travail, mène des enquêtes serrées, analyse, recoupe et classe les témoignages dans le cadre d’une méthodologie rigoureuse. La première conclusion de ce groupe d’enquête réside dans un rapport secret (« Estimate of the situation » - Estimation de la situation) adressé à la fin du mois de septembre 1948 au chef d’Etat-Major de l’US-Air Force, le général Hoyt S. Vandenberg.
Le rapport y soutient clairement que les objets aériens non-identifiés ne sont vraisemblablement pas d’origine humaine, montrent les signes d’un « comportement » intelligent et reconnaît comme vraisemblable l’hypothèse extraterrestre. L’Etat-major de l’Air Force va réagir en trois temps, exigeant en premier lieu des explications complémentaires et des preuves tangibles de cette affirmation, puis rejetant cette conclusion et enfin ordonnant la dissolution de la commission Sign, malgré des rapports officiels ultérieurs niant ce premier écrit.

(Des consultants de la commission « Sign »
en salle de conférence).
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L’Armée de l’Air des Etats-Unis et le gouvernement américain dans son ensemble n’ont à ce jour, jamais reconnu l’existence de ce document initial. Son existence fait pourtant l’objet d’un consensus auprès de tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’ufologie et du phénomène ovni, comme des sceptiques les plus déclarés tels que Philip Klass . On doit la révélation de son existence au capitaine Edward Ruppelt , responsable du projet Blue Book de 1951 à 1953, dans le cadre de son livre « Rapport sur les objets volants non-identifiés », publié après qu’il eut démissionné de ses fonctions en raison du rôle que voulait lui voir jouer les responsables militaires. Ruppelt ne peut être soupçonné d’être un « ufomane » illuminé puisqu’il fut chargé d’une commission d’enquête par l’US Air Force et qu’il fut donc personnellement confronté aux données officielles.

(Capitaine Edward J. Ruppelt, U.S.A.F.)
Pour Ruppelt, les observations de Chiles et Whitted ainsi que l’incident Mantell qui émaillent les nombreuses incursions d’ovnis decette seule année 1948 devaient précipiter la rédaction de l’ « Estimate of the situation », les membres de la toute jeune commission ayant été fortement impressionnés par ces affaires et les enquêtes serrées qui leur avaient été consacrées.
« Dans le Renseignement, si vous avez quelque chose à dire sur un problème vital, vous écrivez un rapport intitulé « Estimation de la situation ». or, quelques jours après que le DC-3 ait été frôlé par le mystérieux appareil, les membres de l’ATIC décidèrent qu’il était temps de procéder à une « Estimation de la situation ». La situation, c’était la présence d’ovnis, l’estimation, qu’ils étaient interplanétaires. C’était un document plutôt épais, relié d’une couverture noire, imprimé sur du papier de format standard. Estampillés sur la couverture se trouvaient les mots TOP SECRET.
Il contenait l’analyse des cas que j’ai évoqué et de beaucoup d’autres similaires. Tous les rapports émanaient de scientifiques, de pilotes et d’observateurs également crédibles et chacun d’entre eux était considéré comme inconnu ».
Le rapport se composait d’un panorama de rapports d’observations parmi les « classiques » à partir de la seconde guerre mondiale et concluait que l’hypothèse la plus vraisemblable était celle « interplanétaire », comme il était alors d’usage de la nommer. Selon Ruppelt, le rapport devait traverser les différents échelons militaires, suscitant grand bruit, jusqu’à l’Etat-Major de l’US Air Force.
« Il parvint jusqu’au général Hoyt S. Vanderberg, alors chef d’Etat-Major, qui le rejeta. Le général ne voulait pas entendre parler de véhicules interplanétaires. Le rapport manquait de preuves. Une délégation de l’ATIC se rendit au Pentagone pour soutenir ses positions, mais le général ne se laissa pas convaincre. L’Estimate fut déclassifié quelques mois plus tard et envoyé à l’incinérateur. Quelques exemplaires furent conservés comme souvenir de l’âge d’or des ovnis ». C’est un de ces derniers exemplaires que le capitaine Ruppelt fut autorisé à compulser lorsqu’il prit en 1951 la responsabilité du projet Blue Book.
L’ “Estimate of the situation”, malgré le silence officiel, (puisque si l’US Air Force n’a jamais reconnu son existence, elle n’est jamais intervenue pour affirmer sa non-existence), demeure un document crédible à moins de nier le témoignage capital du capitaine Ruppelt, acteur très important de la recherche officielle sur les ovnis. De surcroit, le rapport Condon, dans sa partie historique , reconnaît que le document fut rejeté par le général Vanderberg et précipita la chute de la commission Sign. La question se pose alors de savoir pourquoi lui accorder une foi particulière, alors qu’il dénote clairement, par opposition à tous les rapports et écrits qui suivront ?
Ces conclusions sont recevables, si l’on considère que dès septembre 1948, les membres de la commission Sign disposent du matériel nécessaire et singulièrement de cas assez documentés, pour se forger une première opinion et exclure tout du moins toute forme d’ingénierie humaine. Dans de nombreux cas déjà, les caractéristiques du vol des ovnis est en totale contradiction avec l’état d’avancement technologique des nations parmi les plus avancées. Il est vraisemblable que de surcroît, la CIA ait informé les membres de la commission que des pays étrangers comme l’U.R.S.S. se heurtaient aux mêmes phénomènes inexpliqués et que le rythme des observations semblait s’être nettement accru à compter de la seconde guerre mondiale et notamment en 1947.
Ceux qui mènent des investigations sur le sujet comme Keyhoe avec le magazine « True » n’en viennent à admettre la recevabilité de l’hypothèse extraterrestre qu’en dernier recours. Dans « Les soucoupes volantes existent » du major Donald Keyhoe, récit des premières années de l’enquête sur les « soucoupes volantes », il apparaît que les enquêteurs, pilotes, journalistes et officiels pensent d’abord à une technologie américaine ou soviétique voire à un phénomène massif d’hystérie et que l’hypothèse extraterrestre ne s’impose que lorsque la plupart des théories ont fait faillite. Donald Keyhoe n’a d’ailleurs de cesse, lorsqu’il interroge des officiels du Renseignement et de l’Armée de spécifier que s’il s’agit d’un projet gouvernemental, il gardera le silence et stoppera toutes ses investigations. Les réponses qui lui sont données sont malheureusement plus embarrassées et ne peuvent le satisfaire.

(Major Donald Keyhoe)
Si l’on admet l’existence de ce rapport, comment expliquer alors une telle dissonance entre l’ancienneté de la prise en charge du dossier ovni par l’US Air Force et le contenu dudit rapport ? En d’autres termes, Pourquoi l’USAF aurait-elle laissé une latitude telle à la commission Sign pour finir par désavouer ses conclusions ?
En effet, Edward Ruppelt encore, mentionne dans son ouvrage que l’implication de l’ATIC à Wright-Patterson dans le traitement du fait ovni était déjà ancienne.
« Vers la fin de juillet 1947, le couvercle de la sécurité militaire était solidement fermé sur ce qui concernait les ovnis. Les rares membres de la presse qui osaient demander ce que l’Air Force faisait à ce sujet recevaient le même traitement que celui auquel vous auriez droit aujourd’hui si vous demandiez le nombre des engins thermo-nucléaires stockés dans les arsenaux des Etats-Unis. Personne en dehors de quelques officiers supérieurs venant du Pentagone, ne pouvait savoir ce que faisaient ou pensaient les gens de l’Air Technical Intelligence Center, enfermés dans leurs baraquements préfabriqués entourés de barbelés ».
Il faut donc considérer, encore que ce ne soit là qu’une hypothèse, que les débuts de l’enquête officielle furent assez libres pour permettre de telles conclusions. Nous verrons plus avant que les projets qui suivirent, de « Grudge » au rapport Condon, virent d’abord leurs moyens singulièrement restreints pour certains d’entre eux, puis leurs champs de manœuvre sévèrement entourés par une doctrine officielle réductrice, présentant indubitablement, et comme nous allons le démontrer, les faits d’une manière orientée ou erronée, voire mensongère. Ce n’est pas là un sentiment ou une disposition d’esprit que nous adoptons sans fondement, mais un fait historique attesté clairement par de nombreuses archives officielles et par les témoignages accablants que de nombreux membres de ces commissions firent paraître au fil des années.
L’ « Estimate of the situation » quoiqu’il en soit, dut précipiter la dissolution du projet Sign dont les rapports officiels mis en circulation après la dissolution dudit projet, rappelons le, furent en totale contradiction avec leur première conclusion. Ceux qui commanditèrent cette commission ne s’attendaient peut-être pas à un tel rapport. Peut-être s’agissait-il également pour les rédacteurs de l’ « Estimation » d’alerter leur hiérarchie sur une hypothèse extraterrestre finalement seule capable de rendre compte des caractéristiques de certaines observations ? Cette tentative fut apparemment un échec cuisant qui devait peser lourdement sur la suite donnée aux communications gouvernementales ultérieures sur les ovnis. Si l’on considère enfin que l’affaire Roswell dissimule un fait important relatif au fait ovni, on mesure la situation problématique des responsables de l’étude officielle sur les ovnis à cette époque, en terme de secret comme vis à vis de l’opinion publique et des premiers ufologues.
Dans cette optique que nous considérons comme recevable malgré les incertitudes qui demeurent dans le cas Roswell et dont nous avons fait état dans le tome précédent, Jean-Gabriel Greslé résume ainsi remarquablement la situation : « Dès 1948, les responsables de la Défense des Etats-Unis se retrouvent dans une situation inextricable. En décidant de cacher au public une situation qu’ils ne maîtrisaient pas, ils se sont imprudemment engagés dans une sorte de piège infernal. Ils avaient, bien entendu, les meilleures justifications du monde. La découverte d’une technologie inconnue, exotique au sens fort du terme, leur permettait d’espérer des retombées scientifiques et militaires importantes. Il était raisonnable de compter sur la découverte de procédés originaux de propulsion et de sustentation qui leur permettraient peut-être un jour de combler le retard évident de l’aéronautique « made in USA » sur celle des visiteurs. D’autre part, le secret le plus absolu s’imposait pour éviter une levée de boucliers de la part du reste du monde, alliés et ennemis potentiels confondus, anxieux d’avoir accès au pactole ».
Le projet « Sign », une volonté et des moyens.
La directive du major-général Cabell du 27 février 1948 définissait la compétence de l’AMC et la volonté de mobiliser différentes agences gouvernementales.
Parmi celles ci, la RAND Corporation qui fut très tôt chargée de réfléchir sur l’hypothèse extraterrestre, occupe une place particulièrement importante. Le rapport « Sign » de février 1949 mentionne cette collaboration au chapitre consacré aux « Agences extérieures à l’Air Materiel Command et fournissant informations et analyses ».
« Etant donné les diverses hypothèses selon lesquelles les observations rapportées pourraient représenter des « vaisseaux spatiaux » ou des véhicules satellites, nous avons entrepris une étude spécifique avec la Rand Corporation, au titre du projet Rand qui fournira une analyse de ce point de vue et donnera également une information fondamentale relative à la forme de base et aux caractéristiques des performances qui pourraient être celles d’un éventuel « vaisseau spatial ».
Cette grande organisation privée d’étude et de réflexion sur les questions militaires et liées à la Défense nationale, qui par l’ampleur de son influence et ses moyens n’a aucun équivalent dans le monde, fut créée suite au rapport du Professeur Von Karmann qui recommandait des moyens nouveaux et une plus grande indépendance vis à vis de l’OSD (Office of Strategic Defense) en matière de recherche et préconisait l’instauration d’un projet « Research and Development » (RAND). L’US Air Force passa ainsi contrat avec la firme Douglas qui créa la RAND Corporation, conçue comme une institution privée de recherche et d’éducation, au service de la sécurité et de l’essor de la nation américaine. Certains ufologues verront dans cette organisation, que les événements du 11 septembre ont contribué de nouveau à mettre sous les feux de l’actualité, une structure discrète d’étude du phénomène ovni. Son financement assuré principalement par l’US Air Force, sa création par l’avionneur Douglas, sa proximité en terme de doctrine stratégique avec la NASA, la CIA, Le DoD (Département de la Défense), jusqu’aux plus hauts sommets de l’exécutif américain ont contribué également, singulièrement avec le témoignage du colonel Corso, à lui prêter le rôle de structure contribuant à assurer avec l’US Air Force l’intégration dans les technologies civiles et militaires des découvertes faites à l’occasion de la récupération d’un engin extraterrestre à Roswell. Nous verrons plus avant que cette association au phénomène ovni se retrouve dans l’histoire même de l’organisation, puisque la RAND produira en 1968 un long rapport interne sur le phénomène ovni.
Cette collaboration voulue par Cabell trouve ainsi des prolongements concrets, comme en atteste ce mémo de l’AMC au directeur du FBI en date du 9 septembre 1948 (Cf. Annexes). Ce document nous informe sur deux points. Comme nous l’évoquions dans le tome premier de la présente étude, le FBI ne cessa jamais de s’intéresser au phénomène, apportant son concours ponctuel à l’US Air Force et ce malgré les dénégations officielles du Bureau. Enfin le document démontre que le projet Sign ne se limitait pas à une seule étude abstraite, testimoniale ou statistique du sujet mais mobilisait des moyens considérables pour exploiter toutes les preuves attachées à l’enquête officielle. Si la méthodologie scientifique peut manquer de rigueur, comme le note dans ce rapport la commission « Sign » elle même, les moyens d’investigation sont alors à la hauteur de l’importance du sujet.
« Sujet : Projet Sign.
Messieurs,
Un petit échantillon de terre accompagne cette lettre. Cette terre a été prise dans une dépression censée avoir été créée par une « soucoupe volante » décrite comme ayant approximativement un diamètre de soixante centimètres sur trente d’épaisseur et qui est supposée avoir doucement atterri sur le sol, puis rebondi à une hauteur d’environ six mètres, reprenant alors sa course.
Dans le but d’analyser cet incident avec objectivité et afin d’exploiter chaque indice possible, il a été recommandé d’analyser et de contrôler cet échantillon de terre. Au sujet de l’enquête, votre représentant de Dayton a déclaré que le laboratoire du FBI accomplirait les essais demandés.
Le souhait des Quartiers Généraux est de s’assurer plus particulièrement de la présence de traces, d’éléments inhabituels ou d’alliages adhérant à la surface des particules, ou de n’importe quelle anomalie de structure prouvant que le sol a été soumis à une chaleur intense, à des gazs ou à des substances radioactives etc. Malheureusement, à ce sujet, personne n’a pensé à expédier un échantillon du sol entourant la dépression, ainsi aucune comparaison des sols ne peut être faite en ce moment. Si les tests montrent quelque chose d’inhabituel, nous pourrons nous arranger pour obtenir un échantillon su sol environnant, de sorte qu’une analyse comparative puisse être faite. L’échantillon joint n’a pas été examiné par une autre agence et ne le sera pas.
Au cas où les analyses ne montrent rien qui puisse justifier des recherches supplémentaires, vous pouvez vous débarrasser de l’échantillon…
Cette division appréciera votre coopération en la matière.
W.R. CLINGERMAN
Colonel de l’US Air Force ».
De même, il semble que le projet SIGN ne se soit pas exclusivement occupé des observations d’ovnis du seul territoire américain. Le projet devait bénéficier également de rapports faisant état de cas survenus à l’étranger. Nous avons vu que les autorités suédoises bénéficièrent en 1946 de l’appui des services secrets américains au moment de la vague d’ovnis (Ghost Rockets) de 1946. Les nombreuses bases américaines relayaient ainsi l’information relative à ce sujet jusqu’à l’Etat-Major de l’USAF et son projet SIGN.
Cette note secrète du 4 novembre 1948 (Cf. Annexes) relate ainsi l’observation puis l’enquête relative à un ovni aperçu cette année 1948 en Suède et vient établir que les services de renseignement de nombreux pays étaient également mobilisés à la même époque par le phénomène ovni. Ce document nous montre également, comme nous l’étudierons amplement concernant les Etats-Unis, que les bases militaires étaient particulièrement survolées par les ovnis, ce qui contribua d’ailleurs certainement à rendre le sujet extrêmement sensible pour les garants de la sécurité et de la défense de l’espace aérien. Au delà, cette note reconnaît la recevabilité et la pertinence de l’hypothèse interplanétaire, privilégiée par les services de Renseignement suédois.
« TOP SECRET
USAFE 14
Durant un certain temps, nous avons été confrontés à des rapports récurrents concernant les soucoupes volantes. Elles continuent périodiquement à resurgir ; la semaine dernière, l’une d’elle fut observée planant au-dessus de la base de Neubiberg pendant trente minutes environ. Ces faits ont été rapportés par tant de sources et depuis une telle variété d’endroits, que nous sommes convaincus que l’on ne peut pas négliger ce phénomène qui doit être expliqué sur une certaine base qui peut être légèrement au delà de portée de notre intelligence.
Quand les officiers de cette direction ont récemment visités les services suédois de Renseignement de l’armée de l’Air, cette question a été posée aux Suédois. Leur réponse fut que quelques personnes dignes de confiance et très qualifiées ont tiré la conclusion que « ces phénomènes ne peuvent être que le résultat d’une compétence technologique élevée ne pouvant être actuellement reliée à aucune culture sur terre.
L’un de ces objets fut observé par un technicien suédois, non loin de chez lui et depuis le bord d’un lac. L’objet s’est crashé ou a atterri dans le lac et le technicien a soigneusement noté l’azimut de son point d’observation. Les services de Renseignement jugèrent cette observation suffisamment digne de confiance pour qu’une équipe navale de récupération soit envoyée sur le lac. Les opérations étaient en cours pendant la visite des officiers de l’USAF. Les plongeurs ont découvert un cratère précédemment non référencé au fond du lac. Aucune autre information n’est disponible, mais nous avons eu l’assurance d’avoir connaissance des résultats de cette investigation. De leur point de vue, l’observation était fiable et ils estiment que la dépression sur le fond du lac, qui n’est pas apparu sur les diagrammes hydrographiques courants, a été en fait provoquée par une soucoupe volante.
Bien qu’acceptant cette théorie sur l’origine de ces objets qui soulève de nombreuses questions et éclaire notre réflexion d’une lumière différente, nous inclinons à ne pas critiquer absolument cette théorie quelque peu spectaculaire, en conservant un esprit ouvert sur le sujet. Quelles sont vos réactions ? ».
Il ne semble pas que les témoins interrogés par les enquêteurs de la commission Sign aient eu à se plaindre du comportement de ceux-ci. On ne dispose d’ailleurs que de très peu d’informations à ce sujet, si ce n’est peut-être la « perte » providentielle dans les méandres de l’administration militaire, des négatifs originaux de l’aile volante de W. Rhodes en 1947. Il demeure que les conclusions des rapports « Sign » et « Soucoupe », que nous évoquerons plus avant, considèrent, avec une mauvaise foi évidente, comme « identifiés » des cas qui ne le sont manifestement pas, tel le cas Mantell. Il semble que, tout du moins dans le rapport final, la volonté de plaire à la hiérarchie militaire ait justifié la mise en avant systématique d’explications rationnelles, même lorsque les faits parlaient clairement contre cette théorie.
Les moyens semblent être cependant substantiels. L’armée de l’Air américaine qui a en charge le dossier ovni communique à la presse, des équipes entières analysent, collectent et investiguent sur ces observations, la commission bénéficie du concours de l’ensemble des personnels militaires et de différentes agences civiles. Cette volonté d’étudier exhaustivement le phénomène mène d’ailleurs la commission à passer un temps considérable à investiguer des observations d’ovnis peu fiables ou ne comportant pas assez d’indications mesurables, comme à enquêter sur les témoins eux-mêmes. L’ufologue David Jacobs note à ce sujet : « Comme elle n’était pas familiarisée avec le phénomène, la direction du projet perdit énormément de temps sur des observations qui étaient de toute évidence des avions, des météores ou des canulars. Elle en perdit également beaucoup en examinant la vie privée des témoins pour vérifier s’ils étaient dignes de confiance. Sign faisait régulièrement le point avec les bureaux concernés du FBI, avait accès aux dossiers des criminels et des éléments subversifs fournis par la police et le personnel interrogeait les collègues de bureau, les amis et relations des témoins. Cependant, le personnel de Sign fit un effort louable en considérant que ces premières observations contenaient habituellement trop peu d’informations sur les quelles baser un jugement et que l’Air Force n’avait pas de méthodes standardisées pour effectuer un compte-rendu d’observation ».
Le rapport du projet « Sign » (février 1949).
Ce rapport est important, puisqu’il représente la première étude de synthèse classifiée sur les ovnis, et enfin parce qu’il est le fruit de l’étude des tous premiers cas qui popularisèrent le phénomène. Méthodologiquement la volonté déclarée d’exhaustivité du rapport demeure suspecte, l’étude prétendant présenter « une étude descriptive et analytique des objets aériens non identifiés observés aussi bien aux Etats-Unis que dans les pays étrangers ». En effet, de nombreux cas ne figurent pas parmi ceux investigués et beaucoup d’entre eux sont arbitrairement rejetés, soit parce qu’ils sont prétendument expliqués, soit parce que la commission estimera que les données sont trop pauvres pour mener à bien une étude sérieuse. Le ton est globalement sceptique même si l’on trouve quelques discours révélateurs au chapitre des hypothèses extraterrestres. L’ensemble de ce rapport de 44 pages (Cf. Annexes) est généralement assez indigeste pour que nous n’en proposions ici que les extraits les plus significatifs. Les rapports « Sign » et « Soucoupe » de février et avril 1949 ont fait l’objet en 1981 d’une traduction correcte du GEPAN (Groupement d’études des phénomènes aérospatiaux non-identifiés) dans le cadre de sa note d’information n°3 .
Ainsi, dès les premières pages du rapport, leurs auteurs ont semblé vouloir considérer avec prudence le fruit de leurs travaux et rappeler que le rapport se présentait avant tout comme une synthèse à l’intention des officiels.
« Le projet « Sign » consiste encore essentiellement en une accumulation de données, l’information recueillie n’étant pas suffisante pour permettre d’en tirer des conclusions précises et spécifiques. Nous ne disposons encore d’aucune preuve formelle qui confirme ou infirme l’existence effective des objets volants non-identifiés en tant que types nouveaux et inconnus d’aéronefs…
Ce rapport n’a pas pour but de faire le point de manière définitive sur toutes les observations ayant fait l’objet d’un rapport, les données sont encore étudiées par des spécialistes en astrophysique et en psychologie et des informations complémentaires sont actuellement collectées pour permettre aux personnes étudiant les cas d’observations du projet « Sign », de déterminer les explications possibles de certains cas. Toutefois le rapport fournit des informations correspondant à l’état actuel des recherches, à l’intention des membres de l’Etat-Major et aux niveaux plus élevés, ainsi qu’à ceux qui ont pour tâche d’examiner la possibilité d’une menace en terme de sécurité nationale, qui résulterait de l’observation d’un aussi grand nombre d’objets volants non-identifiés ».
Le texte se poursuit sur la distinction physique des ovnis, de coutume dans les proses officielles. Naturellement, ce que le rapport omet de relever, c’est que si les observations décrivent majoritairement quatre grands types d’objets, c’est donc qu’il est probable que les témoins d’ovnis décrivent pour l’essentiel les mêmes objets. S’il est très douteux que le même phénomène atmosphérique par exemple suscite la même illusion, il devient impossible que les témoins aient tous halluciné autour de la vision d’objets similaires. Une fois encore, il nous semble clair qu’une projection fantasmée ne pourrait avoir les mêmes caractéristiques concernant autant d’individus.
«Les objets observés ont été répartis en quatre catégories en fonction de leurs configurations :
1. Disques volants, c’est à dire aéronefs avec allongement géométrique très faible;
2. Objets en forme de torpille ou de cigares sans ailes ou ailerons visibles en vol;
3. Objets sphériques ou en forme de ballons ;
4. Boules lumineuses ».
Si le texte reconnaît que la nature du phénomène ovni demeure non-déterminée, les auteurs postulent que la plupart des cas ne sont non-identifiés que dans la mesure où les données recueillies sur ces observations sont trop succinctes, élégante manière d’affirmer qu’il n’y a rien de substantiel dans le dossier ovni. Au passage, le rapport ne manque pas de noter qu’en l’absence de récupération d’un ovni, aucune preuve formelle de leur existence ne peut être réunie. Cette mention de la non récupération d’une épave extraterrestre se retrouve dans de nombreux rapports officiels et il est permis de s’interroger à propos de cette persistance.
« Il n’existe encore aucune preuve définitive et décisive qui prouverait l’existence ou la non-existence de ces objets non-identifiés en tant qu’aéronefs réels de configuration inconnue et non conventionnelle. Il est peu probable que la preuve certaine de leur existence puisse être obtenue sans examiner les restes d’objets qui se seraient écrasés au sol. Il est également impossible de fournir la preuve de leur non existence à moins que l’on puisse fournir une explication raisonnable et convaincante à chaque cas d’observation ».
C’est ce que tacherons de mettre en œuvre les commissions successives attachées à l’étude du fait ovni, avec le succès relatif que l’on sait.
« Beaucoup d’observations faites par des témoins qualifiés et apparemment dignes de confiance, ont fait l’objet de rapports. Néanmoins, chaque cas dispose de certaines caractéristiques qui restent insatisfaisantes, par exemple la durée très brève de l’observation, la distance par rapport à l’observateur, l’imprécision de la description ou des photos, des contradictions entre les témoins, un manque de données descriptives qui font qu’il est impossible de tirer des conclusions définitives. Les explications apportées à certaines observations ont mis en évidence l’existence de causes simples et faciles à comprendre, si bien qu’il est possible que bon nombre des cas puissent être résolus, permettant d’éliminer, ou du moins de fortement réduire, le mystère qui entoure ces phénomènes ».
Ce passage est instructif, en cela qu’il met en évidence l’incapacité de la méthodologie scientifique à rendre compte du reliquat non négligeable de cas documentés qui demeurent non identifiés. Des recoupements et des investigations scientifiques peuvent s’appliquer pour distinguer des observations erronées, et nous ne mettons évidemment pas en doute le fait qu’une majorité d’observations d’ovnis relèvent de cette catégorie. Cependant, concernant les cas les plus solides, les schémas scientifiques se révèlent inadéquats. C’est ce qui constitue l’une des principales conclusions de la présente étude. La commission « Sign », nous l’avons vu au chapitre concernant les moyens d’investigation, s’efforce d’appliquer une méthode, des grands schèmes scientifiques à un fait qui refuse obstinément d’entrer dans aucun cadre de la pensée, (les membres qui la composent sont issus de l’université de l’Ohio, d’instituts de recherche et sont consultés en fonction de leur discipline scientifique). C’est ce constat d’impuissance qui rend caduque ce type d’études, puisque par nature, l’observation d’un ovni ne peut se modéliser en laboratoire, les comptes-rendus qui en seront faits seront toujours incomplets, et les mésinterprétations, toujours difficiles à distinguer des cas les plus décisifs. Si l’on considère enfin que ce type de manifestation d’une intelligence ou d’une technologie non-humaine est hors de portée de l’étude scientifique, comment alors reprocher à un scientifique de supposer que ces cas non-identifiés ne procèdent pas justement de cette absence ou de ce manque d’éléments d’investigation et qu’en présence de tous les éléments relatifs à un cas, celui-ci serait vraisemblablement expliqué par des paramètres normatifs ? En outre, c’est vraisemblablement dans cette direction que les militaires de l’USAF en charge du dossier, durent orienter leurs conclusions de crainte des répercussions en terme de sécurité nationale et afin de rassurer la population. L’ensemble du dossier ne permet certes pas d’évacuer une telle question aussi facilement. Une partie des scientifiques de la commission « Sign » ne s’y était pas trompé, rédigeant l’ « Estimate of the situation », immédiatement censurée.
Ces faits ne permettent aucune équivoque, le gouvernement américain s’efforça de réduire le fait ovni, au travers de commissions d’enquête orientées à cet effet, à des causes naturelles. Cette politique a pu être causée par des éléments ayant permis au gouvernement américain d’estimer que les ovnis correspondaient bien à l’action d’une intelligence extraterrestre, non humaine ou autre. De nombreux témoignages font référence à cette théorie, dont nous avons fait état dans le premier tome de la présente étude.
S’y ajoutent toujours de nouvelles sources, telles celles recueillies par Jean-Pierre Petit au cours d’un colloque à Brighton sur les propulsions avancées au début de l’année 2001. Au cours de ces rencontres, l’astrophysicien entend d’un responsable des « projets spéciaux » à la NASA, Joe Black (pseudonyme), la confirmation de toutes les informations liées au dossier Roswell et plus généralement à la récupération d’engins extraterrestres par les autorités américaines dans les années 40. Ces informations pourraient être reçues avec circonspection si elles ne venaient pas confirmer des témoignages similaires, émanant de personnalités sérieuses.
« -Vous vouliez dire que vous aviez une épave ?
-Plusieurs, mais en 1961 la MHD n’existait pas encore en tant que solution pour la propulsion. Personne n’avait la moindre idée sur la façon dont ces machines pouvaient fonctionner. Et il faut dire que très peu de gens y avaient accès, ce qui ne faciliterait pas les choses. Moi, je ne les ai jamais vues
-Attendez, répétez moi cela. Vous confirmez que vous avez, vous, Américains, récupéré des épaves d’ovnis ?
-Quand il y a eu ce gros coup de foudre qui a envoyé au tapis toute une bande qui était venue survoler notre base de bombardiers nucléaires…
J’ai vu un film pris en 1945 où on voyait des mamma-ships (vaisseaux-mère) qui se baladaient tranquillement en Allemagne au milieu des boxes de forteresses volantes. Ces trucs en forme de disques, dont les détails étaient parfaitement visibles, étaient aussi gros que nos B-17. Mais, biensur il a a fallu des années pour qu’on soit très progressivement mis au courant. Personnellement, je n’ai jamais vu ni les corps ni les épaves, Harold non plus, il vous l’a dit. On nous a seulement fourni des dossiers techniques… ».
Plus loin, Petit s’interroge sur les raisons de ces « fuites »
« On peut se demander comment de tels aveux peuvent être autorisés. Mais, finalement, la meilleure façon de rendre les choses le plus incroyables possible n’est-elle pas de balancer simplement la vérité en joignant quelques bêtises par ci par là ? Plus c’est gros, moins ça passe…
Des épaves, des corps constituent une preuve définitive, irréfutable. Or, la seule préoccupation des nations qui ont pris conscience de la réalité du phénomène Ovni, en tant qu’incursion d’ethnies extraterrestres, a été de développer des armes extraterrestres et rien d’autre. ».
Toute l’histoire des études et commissions officielles américaine procède finalement de cette politique de dissimulation. Le simple fait d’évoquer les mots « secret » ou « complot » provoquent aujourd’hui des réactions de rejet assez violentes. Le discours socio-psychologique dominant ayant achevé de discréditer cette idée, la réduisant au « conspirationnisme » le plus stupide voire à la traduction d’une forme d’aliénation paranoïaque. C’est pourtant envers et contre tout, ce qu’établit formellement l’histoire de la gestion du phénomène ovni par les Etats.
Plus avant, au chapitre consacré à la « possibilité de développements scientifiques en avance sur le niveau des connaissances dans ce pays », le rapport nous livre un raccourci méthodologique qui mérite d’être cité pour son exemplarité.
« Une autre possibilité serait que ces objets soient des visiteurs d’une autre planète. On connaît mal les probabilités de vie sur d’autres planètes et on ne dispose donc pas de base solide pour évaluer la probabilité que des civilisations très en avance sur la notre, existent en dehors de la Terre. Dans ses commentaires à ce sujet (Annexe D), le Dr . James Lipp du projet RAND considère que cette solution pour le mystère des objets volants non-identifiés est extrêmement improbable. En attendant l’élimination de toutes les autres solutions ou la preuve formelle de la nature de ces objets, cette possibilité ne sera pas explorée plus avant ».
La section C de la IIème partie « Explications possibles des observations » passe succinctement en revue les théories pouvant rendre compte du phénomène. On retrouve tout l’éventail le plus classique des explications retenues par l’US Air Force avec quelques morceaux de bravoure, notamment lorsque le rapport évoque la possibilité que certaines observations d’ovnis puissent être suscitées, par des lucioles.
« Catégorie 1 : Phénomènes naturels terrestres
1. Les observations peuvent être dues à certains phénomènes tels que la foudre en boule. L’auteur n’a pas de suggestion à faire sur ce problème essentiellement météorologique.
2. Les objets peuvent être une sorte d’animal. Nous pouvons faire cette remarque même pour le cas célèbre de l’observation n°172 où une lumière a été prise en chasse par un P-51 et où le pilote a estimé qu’elle était pilotée de façon intelligente, en considérant qu’il est improbable qu’une intelligence capable de fabriquer un appareil aussi remarquable s’amuse d’une manière aussi futile que celle décrite par le pilote.
Dans cet ordre d’idées, il pourrait être bon de se demander si certaines des lumières observées la nuit n’étaient pas des lucioles.
3. Les objets observés peuvent avoir une origine hallucinatoire ou psychologique. L’étude de cette possibilité est d’une importance primordiale car nous pouvons en déduire quelque chose sur les caractéristiques psychologiques de la population, sa réponse à une attaque et aussi quelque chose sur la fiabilité de l’observation visuelle…
Catégorie 2 : phénomènes terrestres fabriqués par l’homme
Les objets pourraient être des avions russes. Si tel était le cas, nos considérations des sections A et B indiquent que nous aurions des raisons d’être inquiets. L’auteur estime que seule une découverte accidentelle d’un degré de nouveauté jamais atteint, pourrait suffire à expliquer de tels engins. Il est douteux par ailleurs qu’un ennemi potentiel éveille notre curiosité d’une manière aussi vaine.
Catégorie 3 : Objets extraterrestres
1. Météores :
Il est intéressant de noter que le physicien britannique Lovell mentionne dans la revue « Physics Today », la découverte par radar d’un nouveau flux diurne de météorites qui atteint son maximum autour du mois de juin 1947. les objets observés perdent cependant de leur importance s’ils sont des météores.
2. Animaux :
Bien que les objets décrits aient plus un comportement d’animal que de n’importe quoi d’autre, il y a peu de rapports dignes de foi sur des animaux extraterrestres.
3. Vaisseaux spatiaux :
On peut avancer les considérations suivantes :
a. il existe une civilisation extraterrestre capable de réaliser des engins tels qu’ils sont décrits. Il est des plus probable que son développement est très en avance sur le nôtre. Cette hypothèse peut être défendue par les seuls arguments de probabilité, sans recourir à des hypothèses astronomiques.
b. une telle civilisation pourrait observer que nous avons maintenant sur Terre des bombes atomiques et que nous développons rapidement la technologie des fusées. Elle devrait s’alarmer au vu de l’histoire passée de l’humanité. Par conséquent, nous devrions, spécialement à l’heure actuelle, recevoir de telles visites.
Puisque les actions humaines les plus facilement décelables à distance, sont les explosions de bombe A, nous devrions nous attendre à trouver une certaine relation entre les dates d’explosion de bombes A, les dates auxquelles des vaisseaux spatiaux sont observés et le temps requis pour que de tels vaisseaux viennent depuis leur base et y retournent ».
Il reste que l’hypothèse extraterrestre occupe une part importante de l’argumentation retenue. En ce sens, il semble que le rapport ait mêlé prospectives autour de cette question et volonté de minimiser l’impact de cette option. L’hypothèse martienne apparaît alors comme une potentialité sérieuse, tel qu’en atteste le développement de J.F. Lipp de la Rand Corporation, en annexe D, dans sa lettre au Brigadier-général Putt daté du 13 décembre 1948.
« La lettre qui suit, donne en termes très généraux, une étude de la probabilité d’une visite de la Terre à partir d’autres planètes (analyse des problèmes d’ingénierie) et donne quelques éléments sur l’utilisation de véhicules spatiaux, en les comparant avec les descriptions d’objets volants…
Un bon début serait de rechercher les quelques lieux d’origine possibles des vaisseaux spatiaux. Il existe un accord assez large pour estimer qu’une seule planète du système solaire (à part la Terre) pourrait porter des formes de vie supérieures. Il s’agit de la planète Mars. Encore semble t’elle tout à fait désolée et inhospitalière, si bien que ses habitants seraient plus occupés par leurs problèmes de survie que nous ne le sommes sur Terre … ».
Citant les travaux de l’astronome F.L. Whipple , le rapport poursuit :
« Se demander si des êtres intelligents existent sur Mars pour observer les splendeurs du paysage martien est de la pure spéculation. Si nous avons correctement reconstitué l’histoire de Mars, il y a peu de raisons de croire que les processus de la vie puissent ne pas avoir suivi un cours similaire à l’évolution terrestre. De cette hypothèse, émergent trois possibilités générales. Des êtres intelligents peuvent s’être protégés d’une perte très rapide d’atmosphère, d’oxygène et d’eau en construisant des villes dans des conditions physiques contrôlées scientifiquement. Une seconde possibilité serait que l’évolution ait développé un être qui puisse résister aux rigueurs du climat martien ou bien encore cette civilisation pourrait avoir péri…
Dans les quelques paragraphes qui vont suivre, nous parierons sur Mars. Il faut signaler que la plupart des remarques que nous ferons, s’appliquent aussi bien à Vénus ».
La lettre de l’ingénieur Lipp se poursuit sur de nouvelles spéculations et postulats scientifiques si grossiers qu’il semble que cette étude ne réponde qu’à la volonté de conclure que l’hypothèse extraterrestre est invalidée par nos connaissances actuelles. L’auteur y fait des parallèles entre civilisation terrienne et hypothétique civilisation martienne, répercutant ainsi une hypothèse extraterrestre dite au premier degré. Par principe, il évalue l’avancement de cette civilisation extraterrestre en fonction de schémas anthropomorphiques, condamnant plus encore sa démonstration à n’être qu’un récit de science-fiction à peine élaboré.
Il n’est pas nécessaire d’imaginer un complot pour expliquer une telle prose. Il suffit de rappeler la phrase prêtée à l’astronome Evry Schatzman qui, répondant à la question qu’on lui posait d’imaginer quelle serait sa réaction s’il apercevait une soucoupe volante, affirmait : « Je tournerai la tête. ». Dès 1949 en effet, il existait déjà un consensus dans la communauté scientifique pour rejeter ce type d’interprétation du fait ovni. Cette tendance a finalement aujourd’hui à peine évolué.
« Diverses personnes ont suggéré qu’une civilisation avancée pourrait avoir visité la Terre à partir de Mars ou de Vénus à des intervalles de dizaines ou de milliers d’années. Des rapports sur des objets observés dans le ciel semblent avoir été transmis à travers les générations. Si cela était vrai, une civilisation possédant de telles connaissances et un tel pouvoir aurait établi une certaine forme de contact direct. Elle pourrait voir que les habitants de la Terre sont impuissants à causer des dommages interplanétaires…
Il faut analyser une autre hypothèse. Les Martiens auraient maintenu une observation de routine de la Terre depuis longtemps et auraient été alarmés à la vue de nos tirs de bombes A, établissant que nous sommes belliqueux et au seuil du voyage spatial (Vénus est éliminé de cette hypothèse puisque son atmosphère nuageuse rendrait cette surveillance peu pratique). Les premiers objets volants ont été vus au printemps 1947, après cinq explosions atomiques au total, soit Alamogordo, Hiroshima, Nagasaki, Crossroads A et B…
En conclusion de cette analyse, si les Martiens nous rendent actuellement visite sans prendre contact avec nous, on peut supposer qu’ils ne se sont lancés que récemment dans le voyage spatial et que leur civilisation est presque au même niveau que la nôtre.
La probabilité que les Martiens aient une civilisation ressemblant à la nôtre, dans des conditions aussi différentes que celles de la Terre, est extrêmement faible.
Et il est pratiquement improbable que leur civilisation soit moins d’un demi-siècle en avance sur la nôtre. C’est seulement dans les cinquante dernières années que nous avons commencé à utiliser l’avion et dans les cinquante années à venir, nous allons presque certainement commencer à explorer l’espace.
Il semble donc que le voyage spatial, à partir d’une autre planète du système solaire, soit possible, mais très improbable. Il n’y a pas plus d’une chance sur mille.».
Dans le même ton, la lettre de Lipp s’achève sur des hypothèses de propulsion et quelques stériles évocations du nombre de planètes abritant potentiellement une civilisation développée.
Ainsi, il apparaît que ces considérations sont souvent simplistes et péremptoires, voire purement spéculatives, même pour un savant de 1948 et l’on a peine à croire, à la lecture de cette missive, que s’y trouvent résumés les travaux indépendants d’une réunion de scientifiques. Lorsque l’on sait l’entier assujettissement de la Rand Corporation à l’US Air Force, ces assertions s’éclairent d’un jour nouveau. Lipp postule par exemple qu’un engin extraterrestre doit nécessairement utiliser la technologie des fusées, puisque c’est alors la seule à disposition de l’homme. Au prix de ces digressions pseudo-scientifiques, il est ainsi aisé de conclure : « Bien que des visites de l’espace soient considérées comme possibles, elles semblent tout à fait improbables. En particulier, les actions attribuées aux objets volants signalés durant la période 1947 et 1948, semblent incompatibles avec les conditions nécessaires pour un voyage à travers l’espace.
Salutations,
JF Lipp
Division des Missiles. ».
De façon générale, on retrouve dans le projet « Sign » quelques indices d’une méthodologie de qualité. Le rapport est évidemment orienté vers la continuation du programme (« Cf IIIème partie : Recommandations / 1. Le dossier ne devrait pas être clos. »), son orientation vers des travaux de psychologie de masse et la méthodologie générale de l’enquête sur un cas, qui est clairement exposée et semble devoir être exhaustive. Il reste que les hypothèses demeurent fragiles, peu construites et relativement pauvres. Elles occupent néanmoins une part importante du rapport. On peut imaginer, et cette idée se trouve clairement révélée par l’attitude du général Vanderbergh lorsqu’il refuse les thèses interplanétaires de l’ Estimate of the situation », qu’il ne fut pas aisé pour les scientifiques impliqués dans cette étude de rompre à la fois les préjugés de leurs corps universitaires et l’inclinaison de l’US Air Force, qui devait déjà peser de tout son poids sur les conclusions de la commission. C’est sans doute ce qui explique ces incohérences générales, cet aspect parfois bâclé d’une enquête qui mobilisa pourtant un personnel important. Sans doute la volonté des autorités de mettre un terme définitif à la controverse des ovnis, comme les conclusions très majoritairement sceptiques du projet « Sign », devaient décider sa mutation en projet « Grudge », uniquement dévolu à une collecte systématique du matériel testimonial, tandis que le fait ovni continuait d’occuper centrales de Renseignement, entre investigations et opérations de désinformation, ainsi que communications au public et projets de recherche et développement pour ce qui concerne l’US Air Force.
Plus jamais après Sign, les autorités américaines ne se montreraient aussi libres dans le cadre d'une étude officielle avec le dossier ovni. Les prises de position qui suivront seront clairement orientées, pour ne pas dire dictées préalablement par l'Armée et sans nul doute, diverses centrales de Renseignement.