Les récits légendaires sumériens mentionnent l'intervention d'un être céleste dans la vie des hommes. Le mythe des Sept Sages nous a été transmis par l'œuvre de Bérose, prêtre de Marduk à l'Esagil, qui dans les Babyloniaka rédigés au IVe siècle avant notre ère, nous livre en grec un récit destiné à présenter la civilisation mésopotamienne et ses mythes fondateurs.
Si le mythe des Sept Sages apparaît exclusivement dans cette œuvre, le récit semble néanmoins digne de foi, du fait de son auteur et de quelques allusions mentionnant sept carpes mythiques que l'on retrouve dans certains récits sumériens et babyloniens. Situé entre 4500 et 4000 avant J-C., il y est raconté comment les Hommes, vivant alors dans un état plus que précaire, s'étaient établis dans le sud de la Mésopotamie, le pays de Sumer, près du rivage maritime d'où était alors surgi un monstre à corps de poisson, avec des pieds et une tête d'homme, résidant le jour sur la terre ferme auprès des Hommes et dormant la nuit sous l'eau. Nommé Oannès, la créature qui connaissait le langage des hommes se mêla de nombreux jours à leur vie quotidienne, ne refusant que leur nourriture. Il leur avait enseigné la civilisation, c'est-à-dire l'écriture, l'agriculture, l'urbanisation, les sciences et techniques, la religion, etc.
"A Babylone, il y avait beaucoup de gens de diverses origines qui habitaient en Chaldée et vivaient sans loi, comme les animaux dans les champs. La première année, apparut en provenance de la Mer Erythrée qui longe Babylone un animal sans ressources, du nom de Oannès, dont tout le corps était celui d'un poisson. Sous sa tête de poisson, il avait une autre tête, et aussi des pieds en dessous, comme ceux d'un homme, émergeant de la queue de poisson. Sa voix et son langage étaient articulés comme ceux d'un humain. On a conservé sa représentation jusqu'à nos jours. Cet Etre était accoutumé à passer le jour parmi les hommes, mais il ne prenait aucun aliment ; et il leur donnait des éléments de compréhension en lettres et en sciences et dans les arts de toutes sortes. Il leur enseignait à construire des villes, à fonder des temples, à créer des lois, et leur expliquait les principes de la géométrie. Il leur apprenait à distinguer les graines de la terre, et leur montrait comment récolter les fruits ; en bref, il les instruisait dans chaque chose qui pouvait tendre à adoucir leurs manières et humaniser leurs vies. A cette époque, aucun matériel n'a dû été ajouté pour améliorer ses instructions. Et quand le soleil se levait, cet être Oannès se retirait à nouveau dans l'eau, et passait la nuit dans les profondeurs, car il était amphibie. Par la suite, vinrent d'autres animaux comme Oannès "(1).
Plus tard, six autres de ces êtres devaient se joindre à Oannès : c'étaient les Sept Sages, rattachés par l'auteur aux dynasties d'avant le Déluge. Ils étaient chargés par les dieux, en particulier le plus sage d'entre eux, Ea, d'apporter la civilisation aux Hommes. Pour les chercheurs, Oannès comme héros civilisateur, n'est autre que le Sumérien U.an.na, le sage connu par son surnom d'Adapa. Il fait partie de ces créatures supérieures appelées par les Sumériens ab.gal, les "apkallu" des Akkadiens. Lorsque Bérose décrit les temps primitifs comme un temps où les eaux et les ténèbres étaient confondues, on retrouve l'influence des mythes suméro-akkadiens de la Création. Le mythe intéressa longtemps l'astrophysicien Carl Sagan qui croyait y voir une explication possible de la brutale ascension de la civilisation humaine il y a 8000 ans.

Mais la découverte la plus intéressante en lien avec cette affaire fut celle des ethnologues français Marcel Griaule et Germaine Dieterlen (2), étudiant les rites de la tribu Dogon des Monts Hombori et du plateau de Bandiagara au Mali entre 1936 et 1950, furent atterrés par les exceptionnelles connaissances astronomiques de ces indigènes, pourtant dépourvus de tout matériel d'optique. Cette peuplade descendait d'une civilisation du Proche-Orient, peut-être liée aux Sumériens. Initiés en 1946 par un prêtre Dogon, Ogotemmeli, les deux ethnologues publient en 1951, après quatre années d'enquêtes, un ouvrage (" Le renard pâle ") ainsi qu'un article (" Un système soudanais de Sirius ") où ils narrent ces révélations qu'eux-mêmes jugent sensationnelles (3).
Le prêtre leur révéla que les Dogons connaissaient depuis des temps immémoriaux, deux étoiles compagnes de Sirius. Cependant, la seule vision humaine ne permettait d'apercevoir que l'étoile Sirius. En 1862, l'astronome américain Alvan Clarke découvrait à l'aide d'un télescope puissant la deuxième étoile proche qui fut appelé Sirius B, une naine blanche, compagnon plus petit et plus lourd que Sirius et que les Dogons avaient baptisé " Po Tolo " ou " Po-Digitaria " du nom d'une graine de céréale très petite et lourde, communément utilisée. Les Dogons savaient que Sirius B ou " Po Tolo " bouclait son orbite elliptique autour de Sirius A en 50 ans, découverte qui n'avait pas encore été faite puisque la période de révolution, 50,090 an, ne fut établie définitivement qu'en 1960 par Van Den Bas. Témoignage de cette connaissance astronomique ancienne, les Dogons célébraient tous les demi-siècle la fête de " Sigui " dont les cérémonies sont censées favoriser le " renouvellement du monde " et avoir une incidence pour la bonne tenue des récoltes notamment. Les Dogons affirmaient également qu'il existait une troisième étoile dans ce système que nous nommerons Sirius C. Ogotemmeli devait révéler que leurs ancêtres étaient venus d'une planète orbitant autour de cette étoile qu'ils nommaient " Emma Ya ", " Sorgo " ou bien encore " L'étoile des femmes ". Le prêtre affirma que la période de révolution de cette étoile autour de Sirius A était de 32 ans, sur une orbite elliptique très excentrique et perpendiculaire à celle de Sirius B. Dès 1920, certains chercheurs postulaient la possibilité de son existence. En 1991, soit environ quarante-cinq ans après que Griaule et Dieterlen aient recueilli ce témoignage du prêtre Dogon Ogotemmeli, les astronomes Jean-Marc Bonnet-Bidaud et Cécile Gry affirmaient, dans la revue " Astronomy & Astrophysics ", soupçonner l'existence de Sirius C du fait d'un changement de couleur du système qui avait été distingué au fil des observations, posant notamment l'hypothèse que le troisième compagnon de Sirius pouvait avoir une orbite très aplatie. Les dernières simulations par informatique effectuées à l'observatoire de Nice par les astronomes Jean-Louis Duvent et Daniel Benest semblent confirmer son existence (4).
Ces données étonnantes et extrêmement précises pour un peuple démuni de tout instrument d'optique, se trouvaient dessinées sur leurs objets précieux. C'est donc d'une des planètes orbitant autour d' " Emma Ya " ou Sirius C, que les ancêtres des Dogons seraient venus sur Terre il y a fort longtemps à bord du vaisseau interplanétaire " Nomo ". Le vaisseau était rouge comme le feu lorsqu'il atterrit dans un tourbillon de poussière au Nord-Est du pays. Il fut par la suite traîné dans une dépression remplie d'eau où il put ainsi flotter. Les entités qui en sortirent étaient, selon la tradition, des êtres amphibiens ce qui ramène à l'homme-poisson sumérien Oannès qui aurait éduqué et civilisé les hommes. Le souvenir de cette arrivée est d'ailleurs perpétué par les Dogons par la célébration du jour du poisson. L'eau est également vénérée par les Dogons comme étant la force vitale de la Terre, présente jusque dans les pierres. Cette croyance est également troublante, puisque ce n'est que récemment, pour les besoins de l'exploration spatiale, que fut mise en évidence la possibilité d'extraire des molécules d'eau de la pierre.
" Nomo ", terme qui désigne également le chef du vaisseau, débarqua sur Terre porteur de fibres végétales tirées des plantes qui poussaient déjà dans les " champs du ciel ". Après avoir créé la terre, les plantes et les animaux, il engendra le premier couple d'humains qui devait faire naître les huit grands ancêtres de l'humanité. Puis, " Nomo " s'en repartit dans les cieux, une fois sa tâche accomplie.
Mais le savoir Dogon ne se limite pas seulement à Sirius et ses compagnons. Ils connaissent également les différentes phases de Vénus, très semblables à celles de la Lune, et donnent six noms différents pour décrire l'aspect de cette planète. Ils affirmèrent également connaître l'existence d'un compagnon de Vénus, qui pourrait être l'astéroïde Toro dont l'existence ne fut pourtant que très récemment établie. Les Dogons divisent les cieux en vingt-deux parties égales et en deux-cent soixante six constellations. L'univers tourne selon eux en spirale conique et a été créé à partir d'un noyau central par la voix d' " Amma ", leur dieu suprême, à l'image de Yahvé. Ils considèrent comme Einstein que l'univers, quoique infini, est toutefois mesurable et que les mondes infinis s'éloignent de nous à des vitesses supérieures, dans un mouvement spiralé fait d'une combinaison de translations et de rotations qui se retrouvent à l'échelle de l'infiniment petit comme de l'infiniment grand, théorie qui rejoint une fois encore les plus modernes descriptions de la structure de notre univers en expansion.
FUXI & NU GUA. Bas relief d'une tombe chinoise,
second siècle après JC.in "The Sirius Mystery", 1997, Fig. 50
Cette affaire fut divulguée au grand public en 1976 par Robert K. G. Temple dans " The Sirius mystery "(5) . L'auteur attribue à ces êtres amphibiens, les fondations de nombreuses civilisations. S'il insiste particulièrement sur la mythologie Dogon, il offre également de nombreux exemples à l'appui de sa théorie.
Dans la mythologie chinoise notamment, Fuxi (Fu-His) et son épouse Nu Gua (Nu Kua), êtres amphibiens mi-hommes mi-poissons, sont décrits comme les fondateurs de la civilisation chinoise qui suit le déluge en 3322 avant J.C. On attribue à Fu-His l'invention du Yi-King (I-Ching), un système de trigrammes et d'hexagrammes trouvés dans le Livre du Changement qui serait à l'origine de l'écriture chinoise, mais aussi les mathématiques et le calcul des déplacements par rapport aux pôles, découverte décisive pour la navigation et pour l'expansion chinoise. Ce savoir lui aurait été révélé par une entité aquatique rencontrée dans le Fleuve Jaune.
Ces entités aquatiques se retrouvent également dans les récits de la mythologie hindoue. Dans les premiers textes sanskrits, les " Védas ", les " Tritons " sont des entités amphibiennes qui apparaissent avant 1500 avant notre ère. Assimilés à la divinité aquatique " Aptia ", l'écriture des premiers textes sacrés laissés à l'intention des hommes leur est attribuée. Les récits mythiques hindous décrivent également le dieu Vishnou comme pourvu d'un torse humain et d'une queue de poisson, dans sa première incarnation ou " Avatar Matsya ".
Les mythologies grecques et égyptiennes foisonnent également de divinités et de créatures aquatiques et Temple remarque : " Il y avait de nombreuses représentations de personnages marins à queue de poissons dans la mythologie grecque, issus de Oannès et de Dagon, dans la tradition de Sirius, souvent, on leur attribue précisément une origine Egyptienne, se rapportant à Isis, Ambis ou même le Sphinx (6)". Temple remarque également la présence de ces entités civilisatrices dans la mythologie maya et de nombreuses autres tribus d'Indiens d'Amérique.
Griaule et Dieterlen cependant, et malgré l'excellence de leurs travaux universitaires furent sévèrement critiqués pour cette révélation, notamment par l'anthropologue belge W.E.A. Van Beek qui prétendit que cette information provenait d'une source unique, elle-même issue d'un jésuite ayant séjourné près des Dogons (7), sans que son auteur en apporte la preuve formelle. Même si ce dernier fait était exact, on se demande comment ce jésuite inconnu aurait eu connaissance, quelques décennies avant que les plus éminents des spécialistes ne l'établissent, de ces découvertes astronomiques.
Quand on sait enfin quel accueil est fait à l'ufologie ou à l'éventualité d'un contact avec une civilisation extraterrestre de la part de nombre de scientifiques, il n'est pas étonnant de constater quelle opposition fut faite à cette idée et en l'absence d'affirmations ou d'infirmations ultérieures, le mystère reste ouvert sur cette question des connaissances astronomiques Dogons, les scientifiques intéressés n'ayant à notre connaissance jamais rouvert le débat. Cependant, s'il devait s'avérer que ces connaissances sont bien immémoriales, rien ne vient expliquer ce luxe de détails astronomiques en possession d'une tribu du centre de l'Afrique tenue longtemps éloignée de toute forme de civilisation occidentale. Malgré les critiques formulées, rien ne vient jeter une ombre sur les travaux éminents de Griaule et Dieterlen dont les expéditions ont contribué à fonder le principe de l'ethnographie en France. Sur cette affaire, ils n'eurent de cesse de se montrer très prudent. Dès l'introduction de leur article " Un système soudanais de Sirius ", ils rappellent : " Les documents recueillis n'ont donné lieu de notre part à aucune hypothèse ou recherche d'origine. Ils ont été simplement mis en ordre en ce sens que les dire des quatre principaux informateurs ont été fondus en un même exposé. La question n'a pas été tranchée, ni même posée, de savoir comment des hommes ne disposant d'aucun instrument connaissent les mouvements et certaines caractéristiques d'astres pratiquement invisibles. Il a semblé plus opportun dans cette circonstance d'une spéciale importance de donner les documents bruts (8)".
L'astronome Jean-Marc Bonnet-Bidaud du CEA s'est passionné pour cette énigme, allant jusqu'à accompagner Germaine Dieterlen en expédition ethnographique au Mali. Il n'a pu à ce jour trouver d'explication rationnelle susceptible d'expliquer les détails livrés par les Dogons. L'astronome poursuit ses investigations autour de l'hypothétique Sirius C, espérant pour ce faire utiliser le V.L.T., le puissant radio-télescope européen installé au Chili.
On peut quoiqu'il en soit s'interroger sur la récurrence de cette évocation d'êtres célestes amphibiens, de la lointaine Sumer aux Dogons des falaises de Bandiagara. Encore une fois, rien ne vient s'opposer formellement à l'hypothèse qu'il puisse y avoir dans le récit cosmogonique ou mythologique des peuples du monde, quelques éléments de vérité que les siècles éloignent évidemment de notre entendement.
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(1) Berossus, d'après "Les Anciens Fragments" (Isaac Preston Cory)
(2) Marcel Griaule fut titulaire à partir de 1942 de la première chaire d'ethnologie à la Sorbonne. Il est le grand spécialiste de la pensée cosmologique et du savoir religieux des Dogons des falaises de Bandiagara. Germaine Dieterlen, récemment décédée en 1999, fut directrice d'études à l'Ecole des Hautes Etudes de la Sorbonne, membre fondateur du laboratoire du C.N.R.S. " Systèmes de pensée en Afrique Noire ".
(3) M. GRIAULE & G. DIETERLEN, " Le renard pâle, t. I, Le mythe cosmogonique " (La création du monde selon les Dogons), Institut d'Ethnologie, 1965, 2ème ed. augm., Paris, 1991. / " Un système soudanais de Sirius ", in Journal de la société des Africanistes, tome XX, fasc.II, pp. 273-294, Musée de l'Homme, Paris, 1950.
(4) Olivier FEVRE, " L'énigme de Sirius ", Ciel et Espace, Août 1995 / Serge JODRA, " Les étoiles du sacrifice ", " Ciel et Espace, mai 1996 / La Recherche : Janvier 1995, n° 272, vol. 26.
(5) Robert K. G. TEMPLE, " The Sirius mystery ", Destiny Books, Rochester, 1997.
(6) TEMPLE, Op. cit. p. 288.
(7) André Heck, " Sirius et les Dogons ", revue " Orion " ( Revue de la société astronomique de Suisse), n°280, juin 1997, pp.31/32.
(8) " Un système soudanais de Sirius ", Ibid., p.274.